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Wildfire

Maëv
Maëv
58
20/02/2021

Feuille de personnage
Âge: 29
Métier: Assistante trésorière en charge des caisses de l'Ordre
Couleur: #00cc33]
CHERCHEUR
Wildfire EmptyMer 19 Mai - 11:03
Ardente, dangereuse, une lumière tranchante perlée de gouttes écarlates, calquée sur leur éclat. Des coins cristallins où dansait de pleins mouvements une artiste aux membres informes, l’instable fureur d’une harmonie incomprise. Chaque pas, chaque envolée faisait gémir un grondement, un rugissement à chaque fois que le feu frôlait la façade. Sauvage, indompté, il dansait sur sa scène de fer et de bois, projeté sous l’obscurité vers laquelle il tentait de s’exiler. Raccroché à son bois, raccroché au socle, il était incapable de fuir. Prisonnier, il projetait sa liberté au travers de la fumée, conséquence de la destruction imposée à la volonté d’une nature imprenable. Puissant, mais dominé, restreint …

- Maëv ?

La jeune fille de onze ans releva les yeux vers son tuteur, celui-là même qui l’avait trouvée et l’avait sortie de l’esclavage ; Ambre. Il la regardait avec un air concerné. Elle, elle le fixait avec une absence profonde dans son regard. Elle était anormalement pâle, si pâle que les flammes de démonstration qu’agitait le professeur se réfléchissaient dans son teint laiteux. Son corps ne bougeait pas, il ne tremblait pas alors que le feu continuait de danser au-dessus de la paume de son maître. Elle le fixait, mais impossible de savoir si c’était la fascination ou la terreur qui provoquait pareille consternation.  

- Est-ce que tout va bien ?
- O… oui … pardon, monsieur, je vous … je vous écoute.
- Tu t’embêtes trop avec les manières. rit-il. Je poursuis. La magie est un peu comme … eh bien comme un feu de cheminée, contiens-le trop et il ne brûlera pas …

Il illustra son propos en laissant se rabattre la flamme qui s’éteignit presque, se réfugiant dans sa main comme un fébrile animal dans sa tanière. Avec une expression assurée, Ambre continua.

- A l’inverse. Recule un peu. Le feu se mit alors à gonfler. - Laisse-le trop respirer et il ne restera pas sagement assis dans sa « chambre ».

L’ardente manifestation avait tant cru que du point de vue de l’enfant, elle sembla être un véritable pilier qui découpait le ciel d’été. Elle sentit sn cœur battre de plus en plus vite et son visage prit un teint de plus en plus maladif. Mais elle ne bougeait pas. Derrière son ouragan de magie, Ambre n’avait pas vu à quel point sa pupille était proche de la chaleur. Une once d’étincelle, un soupçon de relâchement causa l’évasion d’une gerbe de flamme qui vint agresser le bras gauche de la jeune fille. Un hurlement strident précéda l’extinction du feu tandis que Maëv secouait son bras pour le débarrasser des flammes qui le rongeaient.

- Ça brûle !! Ambre ! Eteins-le !! Aide-moi, par pitié !

… « aide-moi ».

~~~~~~~~~~~~~

… les échos se turent. A son bureau, la comptable s’était arrêtée d’écrire. Elle fixait la peau que sa manche gauche venait de dévoiler. La peau là y était sèche et foncée, rugueuse comme la texture du marbre. Cette cicatrice était là, mais seul son auteur en connaissait l’existence, à part elle. Jamais elle n’avait parlé de cette marque, jamais elle n’avait exposé la peau de ce bras pour que personne ne la remarque. Elle ne pensait pas souvent au passé, mais sa vision durant la retranscription du registre lui rappela ce souvenir qu’elle oubliait presque, à chaque fois qu’il lui revenait.

Quelqu’un frappa à la porte. Promptement, la mage remonta sa manche et retrouva son stoïcisme habituel. D’un ton fort, mais calme, elle appela.

- Entrez.

Le visage d’Ambre, qui commençait à rider, apparut au travers du battant. Il avait atteint l’âge de quarante-huit ans et la maturité de ses traits commençait à rendre cela manifeste.

- Bonsoir, madame Hanna’Nohr. Notre illustre comptable me permet-elle d’entrer ?
- Tout dépend du motif.
- Ah … est-ce que … il entra néanmoins. … te souhaiter un bon anniversaire entre dans la liste des motifs valables ?

Maëv leva vers lui un regard confus, regard qu’elle dévia alors sur sa gauche inférieure en fronçant les sourcils.

- Tu l’avais oublié toi-même, n’est-ce pas ? il sourit, légèrement dépité. Heureusement que je suis là pour y penser à ta place.
- Merci, Ambre. sa gratitude était froide.
- Je sais que tu te fiches des mots, ils s’envolent si facilement. Ne fais pas semblant d’être polie, j’ai toujours trouvé que ça t’allait très mal. Laisse-moi plutôt te donner une bonne raison de me remercier.

La mage releva la tête et sourit avec un fond de timidité qui fit paraître sa risette comme hypocrite. Elle n’était pas en froid avec son tuteur, au contraire, elle s’entendait même parfaitement bien avec lui. Seulement, la redevance n’était pas une vertu qui lui était familière. Elle adressa cependant un regard intrigué à la boîte qu’il fit glisser jusqu’à elle. Ses yeux se balancèrent, se posant un à un sur ceux de son ancien maître, ainsi que sur le coffret. De son pouce qu’elle leva doucement sur le loquet, elle ouvrit le cadeau d’Ambre qui la regardait avec un étrange mélange d’émotions. De l’impatience ? De l’appréhension ? De la hâte ? Impossible de savoir.

Tout s’éclaircit alors lorsqu’elle vit que, sur son lit de velours rouge, reposait une gemme. Pas besoin de couleur, pas besoin d’apparition, Maëv devina immédiatement de quoi il s’agissait. Elle referma le cadeau et le repoussa jusqu’à son acheteur.

- Non.
- Maëv, écoute-moi.
- C’est hors de question !
- Je t’en conjure, tu es –
- Ôte ça … de ma vue.

Les dents que venait de serrer l’assistante de dame Lavende donnèrent à sa demande des airs d’avertissement. Ambre remua la tête de haut en bas, blessé par le refus de son présent. Il n’abandonna pourtant pas.

- Je ne te reconnais pas, Maëv. Je me souviens d’une enfant qui aurait appris tous les types de magie si elle en avait eu l’occasion et pourtant tu n’as jamais daigné toucher d’autres pierres que celles de l’eau.
- Et ce en toute légitimité … siffla-t-elle.
- Je veux juste savoir, Maëv. Je me souviens de tout de toi, je me souviens de ton goût pour la magie, de ton attirance pour le pouvoir, je me souviens du regard que tu avais, il y a dix-huit ans de cela lorsque je t’ai montré pour la première fois ce que l’on pouvait faire de la magie.
- Serais-tu en train d’insinuer que je me suis trompée de voie ?
- J’insinue que tu prends la route qui t’empêchera de trébucher sur des obstacles que tu te penses incapable de surmonter.
- Et alors quoi ? Je devrais aller m’escarper les chevilles sur un chemin dont je ne connais rien ?
- Tu dois simplement apprendre à te laisser tomber. Tu n’apprends pas assez de tes erreurs parce que tu n’oses pas en faire. Je sais parfaitement que ce n’est pas par passion que tu restes à ce bureau. Pourtant, tu restes là à compter pour l’université et à secrètement haïr tes anciens camarades par jalousie.
- Pfah ! Je ne jalouse personne.
- Octavia ?

La comptable détourna les yeux, cherchant un point de repaire pour conserver la façade que son tuteur venait de compromettre. Enervée par cet échange, elle finit par abandonner et demanda sèchement.

- Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
- Un test. Je veux que tu me retrouves à 21h, ce soir dans la salle de pratique. J’ai eu l’accord de Méryle pour que tu testes ton affinité avec la pierre dans le coffret.
- Qu...! Méryle est au courant ?!
- Et elle me soutient dans mon caprice. Alors ?
- J’y serai … maintenant sors de mon bureau.
- Parfait. N’oublie pas le coffret.

Et avec un radieux sourire victorieux, il s’écarta de la table et s’éclipsa dans le couloir. L’assistante comptable laissée seule se mit à longuement secouer le visage, désabusée. A elle-même, elle siffla.

- Oh non, je ne risque pas de l’oublier.

***

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Maëv parle en #0033cc
Maëv
Maëv
58
20/02/2021

Feuille de personnage
Âge: 29
Métier: Assistante trésorière en charge des caisses de l'Ordre
Couleur: #00cc33]
CHERCHEUR
Wildfire EmptyMer 19 Mai - 19:24
Le soir-même, une fois venue l'heure du crépuscule, seuls les pas de la mage résonnaient dans les couloirs de l'Université qu'elle avait arpentés si longtemps en tant que simple étudiante. Elle se revoyait marcher seule avec tant de livres entre ses bras qu'elle en faisait toujours tomber un ou deux sur le carrelage. Qu'elle soit restée ici, alors que tout le monde est parti loin ailleurs, c'était une honte tranchante. Comme de poussière en poussière, Maëv avait l'impression de retomber d'esclave en esclave. S'enchaîner à l'université, était-ce là la seule erreur qu'elle n'avait pas eu peur de commettre ? Une expiration discrète mais agacée mit fin à ces théorèmes qui fomentaient dans sa tête. Elle monta un nombre important de marches avant de finalement arriver devant l'entrée de la structure normalement destinée aux apprentis.

Coffret sous le bras, elle poussa l'immense porte qui donnait sur la salle de pratique. Cette pièce était surdimensionnée, il était logique de penser que pour les conséquences qui peuvent découler de l'emploi de la magie, l'Ordre ait vu les choses en grand. Elle traversa le grand couloir qui séparait cette aire d'entraînement du reste de l'université. A force de marcher, le ciel étoile se révéla au-dessus de sa silhouette, dominant d'une infinité d'yeux vigilants le paysage qu'elle ne voyait qu'à moitié par-dessus la rambarde. Le vent soufflait fort ici. C'était l'altitude qui voulait cela.

Le battant s'écarta sous l'impulsion de son épaule, révélant alors le décor majestueux de cette "salle" qui n'en était pas tant une. Plus précisément, on ne saurait l'appeler ainsi de par son ouverture exagérée sur le monde extérieur. Il n'y avait pas de plafonds, juste des colonnes assez étroitement construites pour ne pas devoir craindre de chute. Entre les espaces qui les séparait, le panorama était impressionnant, cette "arène" avait été construite sur l'un des plus hauts bâtiments de l'université et de loin, on pouvait presque discerner les lueurs de Sentoni briller dans la nuit. Maëv admira ce paysage qu'elle n'avait pas été visiter depuis longtemps, avant que ses yeux ne se reposent sur Ambre. Mais son tuteur n'était pas seul. La haute-seigneur Lavende, sa responsable, était là, elle aussi.

- Bonsoir, Maëv.

La concernée laissa sortir une expiration mitigée entre amusement et profonde lassitude pour les surprises. Laissant s'évader un soupir, elle secoua lentement son visage.

- Madame. Comment ai-je pu croire que vous ne viendriez pas ?
- Aucune idée. Peut-être que tu n'es pas aussi brillante que tu aimerais le croire. Je ne pouvais pas louper une opportunité de te voir toi-même démasquer l'un des nombreux secrets que tu me caches.

Le sourire mesquin de sa supérieure indiquait que cette remarque relevait de la boutade ... mais son assistante savait Méryle bien trop franche pour s'empêcher de dissimuler un aspect de vérité dans chacune de ses paroles. Elle avait l'habitude, mais c'était un sacré départ pour cette "expérience".

- Sors donc la pierre, Maëv.

Avec toute la délicatesse qui lui est caractéristique, la plus jeune des mages présents entrouvrit la boîte et prit la pierre entre son index et son pouce. Pliant les genoux, elle reposa avec tout autant de leste le récipient de la gemme.

- Approche, viens au centre. Tu sais comment faire, concentre-toi sur la pierre et laisse le naturel parler.

Elle ne dit mot lorsque ses pas l'approchèrent du milieu de l'immense terrasse. La lueur des flambeaux postés là et le vent qui faisaient voler ses cheveux sur son visage empêchaient sa complexion pâle d'être remarquée par ses deux aînés. Le tremblement de sa main était aussi presque invisible, mais elle le sentait si fortement qu'elle s'empêchait consciemment de se tenir le poignet. Levant le joyau devant son visage, au niveau de ses yeux, elle prit une grande inspiration avant de fermer les yeux ...

... rien ne se produisit.

- Tu peux commencer. Vas-y.
- J'essaye, Ambre ... mais je crois bien que ton instinct s'est avéré faux.

Elle annonça cela avec une absence complète d'émotion, abaissant son poignet et la gemme avec. Son épaule se haussa comme s'il n'y avait plus rien à faire et que toute cette entreprise n'avait été qu'une idiotie montée de toute pièce. Le regard déçu d'Ambre fana en un soupir, entraînant sa nuque qu'il relâcha de désarroi. Son ancienne pupille se retourna dans la direction du coffret pour y entreposer le bijou inutile. Un rire mesquin résonna alors à l'autre bout de l'arène, et de l'ombre s'invita la voix amusée de la Dame Lavende.

- Maëv ?

Elle l'appela, laissant traîner la dernière voyelle de son prénom comme pour l'inviter à jouer. L'oeil bleuté de l'interpelée se retourna par-dessus son épaule, découvrant une expression sur laquelle il était facile de lire ... "je sais à quoi tu joues", "n'oublie pas à qui tu t'adresses", "je te connais mieux que toi-même". Tant de provocations qui passaient en une seule oeillade, et sous la lueur d'une flamme s'inclinant face au vent, la jeune mage entrevit le coin des lèvres de Méryle se lever. Des ténèbres s'illumina un éclat soudain, jauni. Le sourire en coin était un avertissement et l'assistante l'avait bien deviné. La trombe électrifiée trancha l'air à la façon d'une javeline et d'un revers de sa main, la plus jeune des mages parvint à l'attraper dans un courant d'eau, redirigeant le coup de jus vers la paroi derrière elle.

- Je sais que tu te caches, petite. Tu n'abandonnes jamais aussi vite.
- Ce que vous faites est idiot, madame. Vos provocations ne m'atteignent pas.
- Appelle-moi Méryle, pour la centième fois.
- Nos relations sont mieux entretenues au simple stade du "cordial". Madame.

La haute-seigneur secoua lentement son visage devant l'impassibilité obstinée de son assistante. Elle répéta l'assaut d'étincelles, s'amusant de la facilité avec laquelle la jeune mage les déviait. Ce n'était que parce qu'elle daignait lui laisser du mou qu'elle s'en sortait si bien, il ne fallait pas non plus la tuer. Malgré tout, les éclats de foudre s'enchaînèrent et Maëv avait de plus en plus de mal à suivre le rythme accélérant des projectiles. Ambre, lui, observait avec inquiétude la scène.

Cette mascarade dura jusqu'à ce que Méryle ne se lasse des trombes et conjure une chaîne statique qui visa le bras droit de son aide. La vaironne sentit ses muscles se crisper au point où il en devint impossible de seulement bouger le petit doigt. Elle ne put répliquer par la magie, sa pierre gravée dans son brassard était elle-même accrochée au poignet paralysé. La solution était évidente, mais la fierté de l'assistante se refusait de se soumettre à ce genre de chantage. Dame Lavende secoua la tête avec désapprobation.

- Utilise-la.

Serrant les dents et refusant de délivrer le moindre grognement de douleur, Maëv se contenta de lui jeter un regard noir. Sa supérieure se contenta d'hausser les épaules tandis qu'elle n'était plus qu'à deux pas de son assistante.

- Comme tu veux.

Sa cruelle indifférence se souligna au travers de la matérialisation d'une stridente étincelle dans le creux de sa paume. Le geste de sa main, l'effort mis à la conjuration, la brutalité de sa gestuelle, tout indiquait qu'elle allait le jeter et la conscience de la jeune mage, pourtant si solide, s'abandonna, laissant les rênes de son esprit à l'instinct qu'elle réprimait constamment. La gemme dans sa paume se mit à rougeoyer d'un violent éclat sauvage. Un cri rauque précéda une explosion brutale dont Méryle n'évita le souffle qu'en se jetant au sol. Cette manifestation était féroce, indisciplinée, elle n'avait aucune forme, ce n'était que le résultat d'un réflexe de survie.

Lorsque les étincelles retombèrent, une Maëv forçant sur ses paupières pour les garder closes réapparut. La manche de son vêtement se laissait ronger par le feu et lorsqu'elle le remarqua, elle se mit à paniquer, secouant son bras pour l'étouffer. Après une seconde de réflexion, la mage fit apparaître avec l'aide de son autre membre sorti de sa contraction, une large quantité d'eau qu'elle projeta sur elle-même. Les flammes s'effacèrent, la fumée s'éleva. L'expression de fierté de la haute-seigneur ne trouva écho que dans l'étonnement qui tirait les traits du visage d'Ambre vers le sol. Mais leur ravissement n'atteignit aucunement la jeune mage dont les yeux étaient si écarquillés que l'on en distinguait les sanguins filaments courant sous ses pupilles.

Elle expirait lourdement, comme si elle venait de voir un fantôme et son teint redevenu pâle n'était pas qu'une illusion de lumière ou le reflet d'une fatigue naissante. Méryle commença à applaudit, lorsque l'assistante se remit prestement sur ses pieds et se mit à fuir la salle de pratiques comme si la mort était en train de la traquer. Le battant s'ouvrit et sa silhouette s'engouffra dans les ombres de l'Université. Campés sur leurs positions, les deux aînés avaient des réactions bien différentes à cet élan d'émotion de la part d'une inexpressive avertie. Là où Ambre s'inquiétait à s'en rendre malade, la Dame Lavende hochait fièrement un visage souriant.

- N'y êtes vous pas allé un peu fort, Haut-Seigneur ?
- Peut-être, mais qu'est-ce que ça fait du bien ! Et ça ne peut qu'être bon pour elle, ne t'en fais pas. Elle inspira longuement l'air alpin. Puis-je te convier à un thé pour ce soir, très cher ?
- Le thé m'empêche de dormir, mais je ne dirais pas nom à un peu de vin.
- Une coupe de vin pour fêter cela alors.
- Fêter quoi donc, Méryle ?
- Le début de l'extraction du balai que notre chère pupille a dans le derrière, Ambre.

***

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Maëv parle en #0033cc
Maëv
Maëv
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20/02/2021

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Âge: 29
Métier: Assistante trésorière en charge des caisses de l'Ordre
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Wildfire EmptyJeu 20 Mai - 8:07
Le matin s’était levé par trois fois depuis la soirée où, à la façon d’un crime, l’affinité de la mage pour le feu se révéla. Même trois jours plus tard, elle avait encore l’arrière-goût de l’humiliation au travers de la gorge. Elle n’était pas sortie de sa chambre depuis, de cette pièce dont elle avait maintes et maintes fois changé l’apparat. Son évolution au poste d’assistante avait garanti l’accès à des quartiers plus avantageux et de petite pièce de vie d’humble étudiante, elle était passée à appartement luxueux fourni d’un balcon donnant sur les jardins de l’Académie.

Assise sur son lit, à peine habillée, coiffée et d’aucune sorte présentable, la comptable avait habitué son entourage à un aspect bien plus ordonné de sa personnalité. Mais personne ne regardait et elle n’avait pas l’intention de sortir d’ici avant un bon moment. Entre ses mèches emmêlées qui coulaient sur une courte robe se démarquaient les éclats dépareillés de ses pupilles. Elle fixait le creux de sa paume avec un air vide, comme si elle essayait de la faire fondre de son regard seul. La gemme qui y était nichée ne bougeait pas, lorsqu’elle était revenue dans ses quartiers en panique, elle n’avait pas réalisé que ses doigts avaient refusé de lâcher la pierre.

Ambre avait eu raison et Méryle en avait bien trop fait pour dévoiler son mensonge. Plus elle y réfléchissait plus elle se sentait stupide d’avoir osé prétendre son aversion pour cet élément. Il ne s’agissait pas d’une simple affaire de goût, ou de style, bien au contraire, elle aussi se souvenait des flammes qu’elle avait vues danser pour la première fois. Elles étaient majestueuses, grandioses, dangereuses … puissantes. Son admiration était réelle, mais elle n’avait d’égal que sa peur pour leur morsure. Il y a dix-huit ans, elle fut marquée comme au fer rouge par leur cruauté et encore maintenant, son bras dénudé lui rappelait le prix de jouer avec le feu.

On frappa à la porte. Maëv referma subitement sa main. A pas de velours, elle se redirigea vers l’entrée, ses doigts laissant glisser le loquet mais n’enlevant pas la chaîne qui empêchait le battant de trop s’ouvrir. De l’autre côté du bois, Ambre ne put que voir l’aspect désastreux de sa pupille et regretta presque immédiatement de lui avoir proposé pareille expérience. Elle ne le salua pas, elle se contenta de le fixer, attendant qu’il n’entame lui-même la conversation.

- Je viens voir si tu vas bien.

Pas de réponse.

- Méryle dit ne pas t’avoir vu dans ton bureau depuis ton anniversaire.
- Mystère que vous éluciderez sans mon aide.

Elle commença à refermer la porte avant que le tuteur ne risque ses doigts, les mettant entre le battant et le coin du mur.

- Attends ! Laisse-moi entrer, s’il te plaît.
- … un instant.

Son ton grommelant n’indiquait rien de positif, la porte se referma pendant plusieurs courtes minutes et lorsqu’elle se rouvrit, une Maëv plus couverte apparut au travers. Elle ne tint pas la poignée pour que son ancien maître entre, elle le laissa s’inviter lui-même tandis qu’elle se posta devant son grand miroir pour brosser mèches qui devenaient de plus en plus longues.  Ambre s’avança vers le balcon dont l’accès était ouvert, regardant en-dehors, il glissa par-dessus son épaule ;

- Ton caractère de grincheuse n’a d’égal que ton talent pour la magie. Elle continua à se coiffer, comme ignorant ses paroles. Est-ce que tu sais combien de mages peuvent s’y essayer ? Je n’en connais que très peu, merde, je n’en fais même pas partie.

Comme une mélodie monotone et sans variations, la mage continua à passer insensiblement sa brosse dans ses cheveux, ne regardant que son reflet. Ambre la mira un bref instant, gardant le silence avant de retourner son attention sur la cour où s’amusaient de jeunes apprentis de l’Université.

- Quand j’y pense … les progrès que tu as faits, là d’où tu as commencé. Cette vie ne t’a clairement été donnée que par miracle.
- Arrête de parler, s’il te plaît.

Le ton de la supplique avait été calme, mais n’avait pas réussi à cacher le fond d’émotion de la gorge serrée qui l’avait prononcée. Projetant ses yeux cendrés sur sa pupille, le mage ardent ne manqua pas de remarquer ses paupières closes et sa main dont les doigts enserraient le manche de sa brosse comme si elle cherchait à la stranguler. Il renchérit avec calme.

- Quelqu’un avec autant de chance ne saurait gâcher sciemment une opportunité aussi gratuitement offerte par la vie.
- Tais-toi.
- A qui devraient s’adresser les excuses de celui qui a tout mais ne s’en rend pas compte ? Envers son maître ? Envers soi-même ? … envers ses parents ?

Le blanc des yeux de Maëv commença à se brouiller de rouge. De tous ceux qui pouvaient la manipuler au niveau émotionnel, Ambre et Méryle faisaient partie des meilleurs. Ils savaient où frapper et appuyer sur l’ingratitude était un art subtil que le cinquantenaire maîtrisait bien … trop bien. Car en silence, la jeune mage fulminait.

- Pourquoi un pareil talent se retrouve-t-il ainsi gâché ?

Le poing serré de Maëv s’écrasa sur son atelier en un vacarme soudain, faisant ainsi rouler par terre de nombreux outils de maquillage et autres accessoires esthétiques. Noyée dans la honte, la vexation, le ton imperméable de la comptable avait fini par enfin s’injecter de tremblements larmoyants.

- Parce que c’est terrifiant !

Son regard …. Son regard était plein de reproches qu’Ambre ne pouvait pas ignorer. Sa réaction stupéfaite devant l’inhabituelle réaction de colère de sa pupille fit flancher sa posture supérieure.

- Dis-moi plutôt à qui doivent s’adresser les excuses de celui qui m’a faite ainsi ! A moi ? Je me fous pas mal des remords, mais si mon talent est aussi « gâché » que tu ne le prétends, alors tu ne peux pas oser remettre la faute entière sur mon ingratitude que tu détestes tant !

Le silence d’Ambre était approbateur, tout était vrai, lui aussi se sentait coupable, inévitable impression qui se trouvait justifiée par les restes de brûlure sur la peau de sa disciple. Avec un air plus humble, plus sensible, il se retourna vers elle.

- J’ai toujours voulu être professeur, quand j’étais apprenti ici. Quand tu l’imagines en tant qu’étudiant, tu ne peux que conceptualiser à quel point il est agréable d’enseigner, de transmettre. La vérité est que je n’ai jamais trouvé d’intérêt véritable à mon métier … il n’y a qu’avec toi que j’ai ressenti quelque chose … un enjeu, en quelque sorte.

Bras croisés, il commença à s’esquiver, se redirigeant vers la porte et faufilant sa jambe dans le battant.

- J’ai toujours souhaité pouvoir former la plus talentueuse praticienne qui ait existé. Je suis certain que tu as ce potentiel … pour ce que vaut mon opinion. Peut-être que je suis biaisé, qui sait ? Il mit le pas dans le couloir. Quelque part, tu restes ce qui m'est le plus proche d'une fille.

La vision trouble de Maëv s’imprima d’un air stupéfait, presque ému. Elle laissa retomber ses mains sur la table et comme un rappel de son idiotie, des flammes jaillirent d’elles-mêmes de la pierre qu’elle n’avait pas lâchée.

***

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Maëv parle en #0033cc
Maëv
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20/02/2021

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Âge: 29
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Wildfire EmptyJeu 20 Mai - 18:59
Deux jours plus tard ...

Le vent sur la tour, le froid dans les cieux, les lueurs dans l'horizon et le visage impérial des montagnes givrées comme couvert. Le gémissement de l'air voyageaient entre les piliers du cercle de pratique, s'égarant jusqu'aux plis d'une robe noire qui s'y laissait porter. Les draperies de la taille étaient maintenus par des coudes serrés, aussi timides qu'à l'annonce d'un amour juvénile, idiot. C'était la posture des rêves, le maintien de l'espoir. C'était surtout la protection contre le malheur, contre la poisse, la contrariété et la perfidie que le destin sait si bien avoir. Au bout de ces bras anxieux se tenaient des doigts qui ne tremblaient pas, consternés. Au bout même de ces doigts se logeait une pierre. La pierre.

Les cheveux de Maëv flottaient au même rythme que les plis de ses vêtements, écoutant le silence au travers duquel elle entendait bien des choses. Ses hurlements de jeune fille, la douleur du feu qui lui lécha la peau ce jour-là et le bourdonnement infernal sur lequel dansaient ce démon. Dans le reflet de la pierre, elle voyait ses yeux, son propre regard. Une incohérence naturelle, un paradoxe, l'ardent et le profond, une optique qui ne trouve de sens qu'au travers d'un manichéisme absurde. La dualité était la voix vers la simplicité, le bon, le mauvais, ce qui répare, ce qui détruit, ce qui nourrit, ce qui consume. Si c'était par peur de la flamme qu'elle avait choisi l'eau, alors quel intérêt y avait-il à maintenant se retourner vers d'anciens cauchemars ?

Elle se sentait crédule, naïve, proie à une idiotie qui ne lui appartenait mais à laquelle elle se soumettait volontairement. Sa propre personne ne l'aurait pas cru, mais si elle avait entrepris d'emprunter cette pente escarpée, avait-ce été par pure gratitude envers Ambre et Méryle ? De son indépendance ne restaient que d'improbables fragments d'assurance illégitime. Sur l'amas informe de ruines qu'avait été son enfance, elle avait construit une statue. Ce n'était jamais rien de plus qu'un artifice, une vaine création qui trouvait son but en elle-même, pas de dessein, pas de profondeur. En somme, cette vie ressemblait bien trop à une vengeance superficielle, sans personne à qui l'adresser sinon ... elle-même.

- Esclave un jour ...

D'une tremblante expiration, sa main gauche serra la gemme au fond de sa paume, sentant ses angles appuyer sur sa fine peau. Levant son poignet, elle amena doucement la pierre jusqu'au devant de son abdomen, avant de rabaisser le bras en grelotant. Le froid n'avait pourtant rien à voir dans cette manifestation d'angoisse qui la fit détourner le regard un instant. Ses dents se serrèrent tandis qu'hors de ses lèvres s'enchaînaient de lourdes respirations haletantes. Sa conscience la rappela à la raison, sa raison. Elle devait briser l'hésitation, la peur, faire s'interrompre le paradoxe de la flamme qui l'avait piégée pendant tant d'années.

Ses doigts se crispèrent devant son visage qu'elle avait baissé vers ses propres pieds. Une contraction parcourut son bras, longeant son artère et germant au bout de sa paume en une fleur de feu. Maëv n'osa pas la regarder, braver son éclat, la chaleur seule, si proche de ses joues menaçait son corps d'abandonner toute ambition, tout courage et de jeter cette pierre dans les champs que surplombait la tour. Elle poursuivit, laissant la flamme s'incliner face au vent qui mettait sa volonté à rude épreuve. Elle aussi encaissait, résistait, refusant de se soumettre aux caprices de la nature.

Et lorsque la chaleur devint une simple sensation, lorsque le vrombissement du feu devint une douce mélodie, seulement alors la mage osa relever son regard. Son oeil châtain fut le premier à contempler cette oeuvre d'art, apparaissant aussi rouge qu'un rubis sous la majestueuse lumière postée au-dessus de sa main. Cela ressemblait aux phares dont elle n'avait imaginé l'aspect qu'au travers d'écrits. Seconde après seconde, la peur se changea en contemplation, les silencieux geignements virèrent au silence monacal et la posture courbée de Maëv s'affirma à nouveau, reprenant la droiture que son échine avait toujours gardée. C'était une magnifique vision, si belle qu'elle tenta presque d'en caresser les contours avec sa main libre. Par-delà la preuve de son affinité résidait une autre vengeance, une revanche sensée, un juste retour à la vie de ce qu'elle a donné par le passé. L'admiration se changea en stupéfaction et une larme de joie s'écoula de l'oeil droit de la mage. L'ombre d'un sourire apparut sur son visage enjolivé par la fierté. De soulagement, d'accomplissement, de bonheur presque, elle soupira.

- Je ... je l'ai fait.

L'éclat tonitruant des portes sur la pierre résonna comme le bruit de la foudre tombante, les pas pressés d'un intrus résonnèrent dans l'assemblée. La silhouette d'Ambre apparut dans l'ombre projetée par les flambeaux et voyant sa pupille manier avec aussi peu de prudence un élément aussi dangereux, il l'appela, sa voix mêlée à une panique palpable.

- Maëv !

En un sursaut, l'interpelée se retourna, abaissant sa main. Alors seulement, les flammes commencèrent à remonter le long du bras que l'enfer avait déjà mordu. La vaironne ne le réalisa pas avant que ses yeux ne se pose sur son poignet d'où elle vit grimper les flammes. Sa peau, elle la sentit se calciner dans la fureur du brasier et la douleur s'exprima en un hurlement qui perça les nuages. De sa main droite, elle essaya de conjurer l'eau qu'elle maniait si bien ... la pierre s'avéra vide.

- AMBRE ! AIDE-MOI !

Le tuteur n'hésita pas, ôtant son manteau il se précipita sur sa protégée dont les vêtements étaient consumés jusqu'à l'épaule. Il la vit tomber à terre, essayant désespérément d'écraser le feu sur le sol en pierre de l'arène. De sa propre cape, l'aîné étouffa les flammes qui menaçaient de dévisager la jeune femme, d'entièrement l'immoler. La rage s'apaisa, mais pas la douleur dont la cruauté gardait Maëv plaquée au sol, à se disloquer la mâchoire en hurlements dignes d'une agonie. La fatigue la prit soudain, le poids de la souffrance, les heures d'insomnie à observer la pierre, tout la rattrapait immédiatement. Lorsque ses yeux se fermèrent, elle n'entendit plus qu'un fouillis de paroles marmonnées dont la tonalité et l'affolement lui rappelaient un lointain souvenir.


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

La lumière de la Lune perçait la fenêtre du balcon, la chambre de Maëv bénéficiait du privilège d'avoir un rayon scintillant d'une couleur stellaire qui se faufilait presque jusqu'au lit. Lit où celle-ci était couchée et à côté duquel, sur une chaise confortablement arrangée, se tenait la Dame Lavende. Lorsque les cils de l'évanouie se mirent à remuer, l'éveillée n'eut pour seul réflexe que de reprendre un soupçon du contenu de sa tasse de thé. L'assistante se redressa doucement avec un sacré mal de crâne.

- Pile à temps. se plaignit Méryle. Je commençais à manquer de sucre. Laurent est parti se coucher, j'aurais dû aller moi-même aux cuisines, ç'aurait été d'un pénible.

Avec un soupir désabusé mais qu'elle décora tout de même d'un sourire presque invisible, elle abattit son avant bras gauche sur son front. La douleur la fit grincer des dents, tandis qu'elle vit que l'intégralité de son bras avait été recouvert de plusieurs couches de bandages.

- Tu ne veux pas voir ce qu'il y a en-dessous.
- Combien ?
- Précisément vingt-cinq heures. Ravie de voir que tu sais être précise même lorsque tu es inconsciente, très chère.

Sous ses longues mèches qui coulaient en désordre sur son visage, Maëv fixait son bras meurtri par le feu. Méryle lui adressa un air de consternation et d'une voix emplie de jugement, elle complimenta pourtant.

- Je dois avouer que tu m'impressionnes, petite. Je te pensais bien trop maniérée, distinguée pour ce genre d'excès irréfléchis.
- Cela n'avait rien d'irréfléchi.
- Et changer ta peau en ragoût faisait certainement parti d'un plan au-delà de ma compréhension.

La Haute-Seigneur hocha sarcastiquement la tête et releva sa tasse de thé à ses lèvres. L'éternel regard inexpressif de son assistante se logea dans ses yeux émeraude. Avec une insolente assurance, comme si elle savait quelque chose que sa supérieure ignorait, elle la toisa brièvement, affichant alors un sourire en coin.

- Lisez-vous la poésie, madame ?
- Tu vas me dire qu'entre tes saisies sur les livrets tu as le temps de profiter de poèmes ? Elle garda le silence. J'imagine que c'est pour ça que je suis la mieux payée.
- Connaissez-vous le paradoxe de la flamme ?
- Dis-moi donc quelque chose que je pourrai raconter à mon mari, j'aime qu'il se sente idiot par rapport à moi.
- Plus vous vous approchez du feu, plus vous devez vous en écarter. C'est une image que les poètes utilisent pour illustrer l'amour interdit, le désir proscris.
- Toi, tu lis des poèmes sur l'amour interdit ?
- Bien sûr que non, vous me pensez adolescente ? Elle fit claquer sa langue sur son palais. Mais je me suis dit que jamais je n'oserai toucher la flamme, que la chaleur m'empêcherait d'approcher. Alors j'y ai plongé la main au risque de la laisser me brûler.

La lueur fière dans le regard de Maëv alors qu'elle admirait les bandages sur son bras renvoya un écho ému que la Dame Lavende essaya de dissimuler au mieux. Elle y arriva par ailleurs très facilement.

- Pour une fille que je pensais dotée d'un esprit logique, tu abordes des raisonnements insensés.
- Tch. N'est pas insensé ce que vous ne pouvez pas comprendre, Méryle.


***

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Maëv
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Wildfire EmptyDim 23 Mai - 8:27
Un rayon de soleil dans la chambre faisait reluire la pièce d'un éclat vivifiant, comme s'il n'avait suffit que d'une après-midi lumineuse pour redonner aux appartements un air de luxueux confort. Assise sur son lit, l'occupante des lieux était droitement tenue sur le matelas drapé, son bras étendu sur une table placée à cet effet. Car à son bout, de petites mains furetaient en rondes, projetant une flammèche éthérée sur la peau de son membre. Celui-ci était cloqué, par endroit la peau s'était esquivée, laissant transparaître la chair à nu. Mais là où passait le faisceau magique, celle-ci reprenait vie, faisant retrouver son apparence d'origine à ce qui était superficiel, cicatrisant les brûlures plus profondes. La grande blessée regardait en face d'elle, fermant par moment les yeux en laissant s'échapper des expirations incommodées. Le processus de soin était assez pénible, par moments, elle sentait une chaleur bien trop vive sur sa peau, mais la vaironne faisait de son mieux pour le supporter.

La soignante était d'ailleurs plutôt habile de son don, Lucile était une jeune fille assez éparpillée, dont l'attention est très laxiste. Maëv le savait pour l'avoir eu dans ses propres cours pratiques, et son affinité pour la terre s'était progressivement changée, sans surprise, en attirance pour la guérison. La jeune fille avait d'ailleurs pour habitude de parler de tout et n'importe quoi, quand bien même cela ne faisait parfois aucun sens. Pourtant, elle ne disait mot, plongeant la pièce dans une ... inexistante sérénité. Le tuteur de la comptable, rongé par la colère et aussi un soupçon de culpabilité, observait sa pupille qui elle-même observait son élève.

- Et dire que je t'ai avertie des centaines de fois ; la magie est dangereuse !
- Ambre.
- La magie du feu, plus encore ! Rien à voir avec l'eau.
- Ambre.
- Je ne pensais pas avoir éduqué une imprudente !

L'imprudente en question serra l'arrête de son nez entre son pouce et son index. Inspirant et relâchant immédiatement en un sobre hoquet l'air inhalé, elle releva un visage patient.

- Ce que tu me dis est aussi dans les cours que j'enseigne, Ambre.
- Est-ce vrai, Lucile ?

Comme avec des yeux qui venaient de voir défiler tout un panel d'horizons différents, la jeune étudiante mira l'estomaqué avec un regard de biche. Tout ouvert, il semblait redécouvrir la question qui lui avait été posée il y a cinq secondes de cela.

- Oui, madame Hanna'Nohr insiste beaucoup sur la prudence dont nous devons faire preuve avec les pierres de magie.
- Concentre-toi, Lucile. souffla la concernée. Elle est encore apprentie, laisse-la ... uff ... se concentrer sur la tâche en main. Tu ne vas pas non plus aller vérifier mes enseignements pour voir si j'incite les jeunes à l'imprudence, si ?
- Ton comportement d'avant-hier m'y fait songer.
- Ce n'est pas un hasard si l'incident s'est produit lorsque vous êtes entré.
- Et maintenant, tu vas me faire porter le blâme ?

Maëv lui lança un regard noir, parce qu'elle savait pertinemment que ce ne serait pas arrivé s'il n'était pas intervenu. Elle avait compris, elle la tenait dans son contrôle ... peut-être pas tant que cela si son pouvoir lui avait échappé. Au final, il était dur d'en vouloir à Ambre, si elle ne s'était pas brûlée, peut-être qu'elle n'aurait jamais cessé d'en craindre la morsure. Cesser était un bien grand mot, mais elle se sentait déjà moins fermée à l'idée de s'essayer à la magie du feu.

L'apprentie se leva après avoir remis les bandages en place, réenroulés soigneusement sous le poignet de son institutrice. Avec un grand sourire fier, elle se présenta mains jointes devant sa taille, dos droit et visage s'inclinant comme répondant à une minuscule ovation.

- J'ai fini de recoller les chairs, madame. Je pense qu'il est mieux que vous gardiez ces bandages quelques temps, vos tissus sont peut-être encore fragiles.
- Bon travail, Lucile. Tu peux t'en aller.

La pupille s'exécuta, disparaissant dans le couloir au rythme de pas bondissants. Ambre regarda la porte se fermer, avant de ruminer.

- Et en plus tu laisses une apprentie te soigner.
- C'est en laissant l'occasion d'apprendre que l'on instruit le mieux.
- Je trouve que tu es trop laxiste avec ta manière d'enseigner.
- Tes cours sont une récréation à côté des miens, je suis plus sévère avec ces enfants que tu ne l'as jamais été et que tu ne le seras jamais. Je suis tout sauf laxiste.
- Tu n'es pas censée t'en vanter.
- Si tu n'es là que pour maugréer je te prie de prendre la porte, Ambre.

Irrité, l'ancien tuteur éleva les bras, abaissant les épaules en signe d'abdication, il manquait toujours de mots face aux murs que dressait Maëv. Il entreprit de se calmer, croisant les bras et s'approchant d'elle avec une démarche en balancier.

- Je suis inquiet pour toi, je commence à me demander si c'était vraiment une bonne idée de te forcer dans cette voix.
- Tu n'as rien forcé, ce n'est pas pour te faire plaisir que j'ai choisi d'essayer.
- Méryle et moi avons été trop insistants.

Le remords d'Ambre n'atteignit la vaironne d'aucune sorte, sous ses longues mèches rangées, ses yeux brillaient d'une insensibilité qui ignorait tout état d'âme. Elle trouvait lassant ce manège qui tournait entre reproche, regret et colère. Tournant son visage vers lui, Maëv se mit à bâiller.

- La seule chose que tu aies faite, c'est me montrer ce qui était à ma portée. Maintenant, je veux le saisir et je me brûlerai le bras autant de fois qu'il le faut pour que cela arrive. J'allais te demander de me former, mais au vu de tes réactions, j'imagine que tu t'inquiètes trop pour accéder à ma requête ?
- Tu plaisantes ? Et te laisser aller apprendre auprès du premier incompétent venu ? Hors de question.
- Parfait. Laisse-moi seule, maintenant, je te prie. J'ai besoin de repos.

Il y avait quelque chose d'exaspérant dans le ton dans la comptable, peut-être renvoyait-il un tel manque d'humanité qu'il donnait une impression de manque de considération au travers des yeux de la vaironne. A la personne qui lui était la plus proche, c'était ainsi qu'elle s'adressait. Ambre ne s'en doutait pas vraiment, mais lorsque Maëv avait quelque chose en tête, il était extrêmement difficile de tirer autre chose d'elle que l'insupportable pragmatique qui mettra tout en oeuvre pour réussir.

- Je te donne rendez-vous demain dès dix-huit heures. Et dors.

Elle salua sa sortie d'un silence royal. L'information avait été retenue, maintenant, elle pouvait tout simplement se laisser aller plutôt que de devoir tenir une conversation idiote. Ambre était parfois impressionnant d'entêtement. S'allongeant sur son lit, Maëv fit glisser dans sa main bandée, la pierre qui logeait sur sa table de chevet. Elle s'exerça à projeter des gerbes de flamme éphémères, comme de longues étincelles scintillantes. Cela faisait depuis son réveil qu'elle s'amusait à ça. Si les premiers essais avaient été maladroits, les flammes commençaient à lui obéir de plus en plus docilement.

Quand bien même elle était loin de la maîtrise parfaite.

***

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Maëv
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Wildfire EmptyVen 28 Mai - 9:13
Le lendemain …

Le cercle de pratique, toujours indemne et se dressant fièrement contre le vent qui l’encerclait, était aujourd’hui rempli de bien plus que trois personnes seules. Plusieurs apprentis, des jeunes adolescents, étaient réunis en arc-de-cercle devant une Maëv qui tenait debout comme deux semaines auparavant. Entre la chercheuse et la rangée d’élèves, deux camarades de ces derniers se tenaient façe à face, chacun accroché à la pierre qu’ils avaient en main. L’œil enflammé d’un coucher de soleil saluait le silence qui régnait alors. Il ne suffit que d’un mot pour rompre ce dernier.

- Commencez.

Un rocher de taille modeste apparu devant la jeune fille, Lucile, la même qui la veille était aux soins de sa pupille. Le talent de celle-ci était incontestable, sa maîtrise du modelage et la précision de ses formes était travaillée, recherchée. C’était comme si l’imagination dont elle était pourvue se manifestait au travers de son art. Elle était douée d’un don incontestable. La roche se coupa en éclats, de manière bien moins précise et vola jusqu’à l’opposant de la soigneuse apprentie. Brahart, un garçon plus humble dans sa maîtrise, avait selon les instructions de sa tutrice, préparé une protection à dresser. Un humble muret de glace s’éleva devant lui se laissant fissurer par les éclats de pierre qui le pénétrèrent. A force de chocs, bien qu’il n’en fallut que peu, la barrière gelée céda, laissant libre passage aux gravas.

Avant que les projectiles n’atteignent le garçon, un filet d’eau épais et dense se dressa juste devant lui, amortissant le lancer de pierres qui finirent par tomber au sol. Lucile avait caché sa bouche de ses deux mains, se confondant de la peur d’avoir presque blessé son camarade. Avec son accent typique de sa région natale, elle s’exclama avec un sursaut.

- Pardon ! Je ne pensais pas que j’y avais été si fort, pardon !
- C’est bon …

L’air abattu que Brahart essayait de réprimer n’échappa pas à la professeure. Malheureusement pour lui, il était de son devoir que de faire un bilan objectif des observations qu’elle venait d’avoir. Avançant d’un pas et laissant retomber l’eau qu’elle avait dressé pour protéger son disciple, elle adressa à la repentante.

- Ne t’excuse pas, Lucile. Pour une première incantation offensive, je suis très impressionnée. Son regard passa au jeune homme, sans changer d’expression. Brahart, n’attends pas de cadeaux de la part de tes adversaires, la magie, qu’importe sa provenance et sa nature est un art dangereux. Sans maîtrise, on s’expose aux conséquences.
- Vous avez l’air d’en savoir un rayon sur la matière, madame.

Le regard qui accompagna les propos du jeune garçon dénoncèrent le bandage qui sortait de la manche de Maëv. Certains élèves exprimèrent un hoquet choqué de l’insolence de leur camarade, mais ce n’était pas assez pour ébranler le caractère de plomb de la comptable.

- Puisque ta curiosité nous y amène, Brahart, autant illustrer.

De sa main droite, la tutrice commença à défaire les bandages qui lui entouraient le bras, révélant une peau tuméfiée par la chaleur, par endroits rougis et quelques cicatrices de cloques qui ne s’étaient pas encore refermées. Examinant son propre membre, ignorant au mieux les mimiques de dégoût de ses élèves, l’instructrice poursuivit.

- Votre camarade ici présente a fait un bon travail. Hier encore, mon bras n’était pas si indulgent à l’œil. L’usage irraisonné de la magie peut entraîner blessures pour autrui, pour vous-même, traumatismes, ou même la mort. C’est pourquoi l’imprudence, au même titre que l’insolence, sont à bannir de mes leçons.

La porte s’ouvrit derrière elle, tandis qu’elle remettait ses bandages à leur place. De son oreille, elle reconnut la démarche d’Ambre qui pénétrait dans le cercle de pratique.

- Bonsoir à tous. – salua-t-il.
- La leçon est terminée. Vous pouvez disposer.
- Pourquoi maître Ambre est-il ici ?

Brahart se prit cette fois le regard d’acier de Maëv de plein fouet, sa curiosité commençant à dépasser le seuil de patience de sa tutrice. Le mage de feu s’avança cependant, posant une main sur l’épaule de sa propre pupille, l’incitant à l’indulgence.

- Maëv, votre professeur, était mon élève autrefois. Sache, mon garçon, que l’on ne cesse d’apprendre, peu importe l’âge.

Le regard noir de la comptable se redirigea alors vers lui, elle n’avait pas envie que ses élèves soient mis au courant de sa propre formation.

- Vous allez vous entraîner, madame ? s’enquit Lucile d’un ton ravi. Pouvons-nous rester ?! elle rajouta, comme si elle avait oublié ses bonnes manières. Si vous le voulez bien, s’il vous plaît …
- Bien sûr, si cela vous intéresse. Soyez sûrs de bien vous écarter, cependant, allez vous mettre sur les côtés.

Ils s’exécutèrent et tandis que Maëv ôta son manteau bien trop ample pour la pratique du feu, elle siffla silencieusement à son tuteur.

- Ils n’ont aucune raison d’assister à cela.
- L’apprentissage par l’exemple expert, je l’ai fait pour toi avant et regarde ce que tu es devenue. il lui tapota l’épaule avant de lui murmurer. J’aurai à te parler, plus tard. C’est important.

Puis il s’écarta plus loin, dans le cercle, avant de lever le bras, paume ouverte vers le ciel.

- Premier exercice, très chère.

Une boule de flamme apparut au centre de sa main, elle n’avait rien d’impressionnant, elle était même plutôt petite. Il en conjura une autre, puis une autre.

- Tu ne devrais pas avoir de problème à faire cela. Mais je veux que tu les fasses tourner autour de ton poignet.

Un fond d’angoisse venue de son enfance était bel et bien présent chez la tutrice qui faisait de son mieux pour le contenir. Prenant une lourde inspiration, elle fit apparaître les orbes et les fit graviter lentement. Les élèves se régalaient de ce petit spectacle ludique, mais ceux comme Brahart, observaient d’un œil sceptique un entraînement qui paraissait assez simple.

- Bien, tu as l’air assez stable, le feu n’a pas l’air de trembler. Ambre sourit en coin. Rajoute un orbe.

Maëv secoua brièvement le visage, devinant la suite des événements. Elle soupira.

- J’ai compris.

Elle s’exécuta, faisant apparaître un autre faisceau gravitant. Cet exercice, elle s’en souvenait de son adolescence, c’était l’exercice typique de maîtrise. Comme un test d’endurance, il testait jusqu’où pouvait s’étendre le contrôle d’un mage sur ses pouvoirs. Ricanant, Ambre lui lança.

- Honnêtement, je ne pense que tu puisses dépasser six, pour le moment.

Comme pour lui donner tort, Maëv fit apparaître un quintuplé identique aux autres feux follets qui rejoignit lui aussi la ronde. Celle-ci accéléra d’ailleurs, conformément à la bonne mise en place de l’exercice. Le mage de feu sourit.

- Mais peut-être me laisserai-je surprendre.

Après tout, les orbes de feu ne tremblaient pas. Certains vacillaient parfois, mais en globalité, sa pupille semblait bien les tenir. Elle en rajouta un autre. Les élèves les plus facilement impressionnables applaudirent, le reste se contenta de faire plus attention à ce qu’il se passait. Les orbes se mirent à tourner plus vite. Fermant les yeux comme pour se reconcentrer, la tutrice contracta sa main, invoquant un septième danseur à la valse qui se mit encore à accélérer.

- J’imagine que l’eau et le feu ne sont pas si différents dans leur pratique, alors.
- Pas autant qu’on ne l’imagine.  

Elle en fit apparaître un huitième et tous les feux follets se mirent à remuer, comme s’ils étaient prêts à s’éteindre. Mais ils tinrent bons. Leur danse s’accéléra encore, ils étaient si rapides qu’ils semblaient ne former qu’un même couloir ardent. D’un signe de la main, Maëv indiqua à son maître qu’il s’agissait de sa limite quantitative. Celui-ci ne rétorqua que d’une simple instruction.

- Tu connais la suite.

Prenant une grande respiration, comme si elle s’apprêtait à accomplir un sprint, la magicienne fit se joindre les orbes, ne formant alors qu’un large bracelet tournant autour de son poignet. Son pouce garda la pierre verrouillée contre sa paume, tandis que ses quatre autres doigts s’écartèrent. Le cercle de feu s’élargit sous sa commande et lorsqu’elle leva l’avant-bras, la spirale s’éleva dans les airs, se postant au-dessus d’elle à la manière d’une auréole. D’un geste circulaire de l’index qu’elle répéta encore et encore, elle fit s'étirer l’anneau en un fin cerceau brûlant. L’espace de quelques secondes, elle se figea, fixant les braises qui rugissaient juste au-dessus d’elle.  Son poignet articula un mouvement courbé tandis qu’elle laissa s’échapper une inspiration peinée. Ce n’était pas un exercice facile.

Le cercle s’agrandit, s’accéléra encore, tandis qu’il s’abaissa peu à peu vers le sol, Maëv en son centre. L’incandescence se déposa lentement sur la pierre contre laquelle elle glissa, laissant sa trace enflammé tandis que doucement, elle s’affaissa. La professeure s’inclina d’un épuisement certain sous les applaudissements des élèves. C’était un exercice d’échauffement compliqué qui mettait à dure épreuve les limites de chacun, qu’importe le niveau. Chaque orbe de feu était comme un poids de plus à maîtriser. Lorsqu’elle eut repris un semblant de souffle, la vaironne se redressa et adressa à ses élèves.

- Vous pouvez commencer à vous préparer mentalement à ce genre d’exercices. Nous commencerons dès demain.

Brahart s’écarta du rang qui sortait pour venir s’approcher de sa tutrice. D’une voix timide, mais empreinte d’une envie certaine, il articula.

- Je pensais que vous utilisiez l’eau, madame.
- Moi aussi. Sois prêt pour demain, nous travaillerons la régularité de tes incantations. Ne me déçois pas.

Maëv était dure avec ses élèves, c’était sa manière de faire, sa manière d’enseigner. Les pousser à bout pour faire ressortir les retranchements qu’ils cachent au fond d’eux. Une méthode jugée extrême par certains, imprudente par d’autres, mais l’effort et la confrontation à la réalité étaient des vertus d’enseignement que la vaironne ne comptait pas laisser tomber.

Une fois que tous les élèves furent sortis, le sourire d’Ambre s’effaça, laissant place à un ton sérieux tandis qu’il s’approcha de sa propre pupille.

- Il faut qu’on parle.

***

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Wildfire EmptyMar 15 Juin - 8:03
Le silence de la tour, seulement rompu par les quelques mots qui passaient pour des murmures sous le murmure du vent nocturne. Comme une nuée de corneilles battant d’une aile unie, il couvrait la voix d’Ambre, ne laissant voir, d’au-loin, que les expressions inquiètes que son visage arborait. A mesure d’explications, il s’affolait, projetant son regard sur la figure immobile de sa pupille. Le visage de Maëv était toujours aussi stoïque, mais bloqué sur une expression d’oscillation, une hésitation. Au travers de son regard vairon, ses pensées s’agitèrent…


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


- … et certains de leurs membres sont certainement déjà parmi nous.

Je me considère comme une oreille attentive, capable, je ne me laisse pas facilement distraire par autre chose que ce qui m’est dit. J’écoute sans jamais remuer un cil car la réaction provoque l’altération, et je veux que l’on me dise les choses tel qu’elles doivent être dites. Seule importe la vérité, qu’importe à quel point elle est cruelle. Je vois Ambre qui s’est tu. Il attend certainement une réponse de ma part, mais sa révélation me fait tourner la tête … j’ai l’impression de louper quelque chose, de passer trop vite sur un détail de son explication et je n’arrive pas à me défaire de cette sensation.

Il m’a parlé d’une organisation antagoniste, menée par une figure d’autorité assez capable pour rallier des mages à sa cause. Des renégats, des traîtres. Ils n’étaient pas soumis à l’autorité de Yule, alors ils étaient dangereux, c’était ainsi, c’était le prix à payer pour le contrôle de la magie. Je regagne un peu de la posture que j’avais perdue pour une raison que j’ignore. J’ignore cette sensation incompréhensible, reprenant mon air naturel.

- Pourquoi étais-je censée savoir cela ?

Je ne suis pas cavalière, selon ses propres dires, je suis un talent gâché enfoui sous une montagne de papiers qui m’étouffent. Alors je voulais savoir pourquoi moi, simple assistante, devait forcément être tenue au courant d’affaires qui nécessitaient la plus grande discrétion. Si l’existence de ce qu’il appela alors « Le Cénacle » devait se faire connaître au sein de l’Université, la panique serait démesurée. Serait-ce si mal ?

- Il est temps que tu sortes de ton bureau. Tu as toute ma confiance, ainsi que celle de Méryle.

- Est-ce un ordre ?

- C’est une opportunité qui t’est donnée, ordre ou non, ce n’est pas ce qui importe.

J’aurais préféré un ordre. Il me laisse choisir, décider de ce que je vais faire et s’il connait aussi bien mon ambition qu’il en a l’air, alors il connait déjà ma réponse. Je ne vois pas l’utilité de répondre par l’évidence, je déteste brasser de l’air avec des paroles tout aussi vides. Mes yeux s’ancrent dans les siens, il connait ce regard inexpressif, fixe. Il signifie « conclus ».

- J’attends que Méryle vienne elle-même t’en parler, je ne suis pas ta hiérarchie directe.

Les portes s’ouvrirent dans mon dos, ponctuant la phrase d’Ambre avec un sens de l’horaire impeccable. Toujours dans ses grandes cérémonies, ma « supérieure » s’avance jusqu’à moi, me regarde de haut en bas avec ce sourire que je déteste. Une risette suffisante qui rabaisse quiconque y est sujet avec une seule œillade.

- Bonsoir ma chère future non-assistante.

- Madame.

Je savais très bien comment elle voulait que je l’appelle, je m’y refusais tout simplement. Les familiarités dans le cadre du travail entraînent la douleur sur le long terme. Pour avoir vécu cette expérience bien trop tôt, je suis bien trop prudente pour oser essayer de risquer l’erreur.

- Droit au but. Maëv, de la part des dix, tu as pour ordre de faire tout ton possible pour trouver le plus d’informations sur l’organisation dont ton maître t’a certainement déjà fait part.

- Je refuse.

Ambre manqua de s’étouffer devant moi, Méryle sourit de plus belle avec son ton sarcastique. Cette risette sonnait comme un « répète donc ça, si tu l’oses », une véritable mélodie à mes oreilles. Elle ne me faisait pas peur, l’écart de magie qui nous sépare ne justifie en rien quelconque crainte. J’ai eu des maîtres qui rechignaient moins à manier le fouet qu’elle les éclairs.

- Et pourquoi cela … très chère ?

- Vous me missionnez sur une affaire dont vous ne savez rien, dont je ne sais rien, contre des mages que je n’ai jamais vus, sans motif, sans justification. Si je n’étais pas plus avisée, je dirais que vous êtes en train d’essayer de vous débarrasser de moi.

- L’envie ne me manque pas, crois-moi.

- Vous n’aurez pas la satisfaction de le faire vous-même.

J’eus une idée qui me fit prononcer ces mots, mais je ne parvins pas à exactement en saisir la teneur. C’était … hasardeux, mais peut-être que c’était cela la meilleure manière de faire. Je me retournais vers l’Université, devinant la colère de ma supérieure dans mon dos.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? … QU’EST-CE QUE CA VEUT DIRE ?! MAËV !

J’avais des choses à faire.

***

Wildfire F3lu

Maëv parle en #0033cc
Maëv
Maëv
58
20/02/2021

Feuille de personnage
Âge: 29
Métier: Assistante trésorière en charge des caisses de l'Ordre
Couleur: #00cc33]
CHERCHEUR
Wildfire EmptyJeu 24 Juin - 10:56
Une semaine plus tard ...

Il y avait dans l’air du matin, une odeur candide, rafraichissante et tous les jeunes gens exceptionnellement rassemblés à la campagne pour une pratique de la magie en terrain naturel profitaient de ce fumet enchanteur. Tous écartés en duos, ils s’exerçaient à une simple pratique de protection. L’un devait ériger sa magie de manière à obstruer les assauts de sa contrepartie. Il s’agit bien évidemment d’une pratique beaucoup plus difficile pour les apprentis maniant le feu, mais aussi pour l’eau et l’air qui demandaient une puissance de pression très exacerbée, peut-être trop pour d’aussi jeunes gens.

Entre leurs rangs, Maëv passait, analysant les performances de chacun et même lorsqu’elle voyait d’inégales prestations au sein des duos, ou bien des éléments favorisés par rapport à leur contrepartie, elle ne changeait rien au duo. Elle voyait dans certains regards une once de sensation d’injustice, comme si l’exercice était biaisé en faveur des apprentis adeptes de la terre ou de la glace. Les protections érigées par ceux-ci étaient plus solides, tangibles. Elle voyait monter l’impatience chez certains qui ne trouvaient pas de solution pour contourner les défenses trop « parfaites » pour eux.

- La protection d’un mage est la défense la plus rude que vous pourrez trouver. Réussir à contourner cette garde signifie pouvoir contourner n’importe quelle autre.

- Madame Hanna, c’est impossible avec la foudre de traverser la pierre ! Cet exercice est trop inégal ! C’était la voix de Nayle, un jeune à l’esprit rationnel qui avait du mal à sortir de sa propre logique.

- Il existe deux solutions. Viens par ici, Brahart.

Le garçon regarda sa professeur, la même qui lui donnait l’impression de n’avoir que mépris pour lui. Il se pointa du doigt lui-même avec une once de doute.

- Moi ? Pourquoi ?

- Ne pose pas de questions et conjure le plus solide mur que tu puisses faire. Ne reste pas derrière.

Il s’exécuta, prenant peine à ériger une barrière givrée qui paraissait épaisse et solide de par les reflets qui y dansaient en profondeur. Malgré sa confusion, il y mit du cœur car c’était un bel ouvrage. Maëv se positionna devant.

- Ne sera-ce pas un peu facile avec votre magie du feu, professeur ? taquina Morgane, une cynique convaincue qui ne vivait que par la moquerie.

- Lorsque l’on ne sait pas, on se tait, Morgane.

Phrase qu’elle ponctua du cliquetis de sa pierre azurée dans le cercle de son bracelet, l’accrochant directement à sa paume.

- La première solution n’est encore accessible qu’à certains d’entre vous. Il s’agit de dominer l’adversaire sur le plan de la puissance.

Le poing de Maëv se serra sur la gemme et des filets d’eau s’extirpèrent des écarts creusés entre ses doigts. Le liquide se contracta, se condensant d’une incroyable pression sur lui-même avant de brusquement se libérer en une goutte immense qui fila plus vivement qu’une flèche vers la barrière. En un bruit de verre brisé, l’aqueuse projection traversa l’édifice de givre, laissant un trou béant en son milieu. Ignorant le silence effaré des jeunes gens, leur professeure poursuivit.

- La deuxième solution ne vous a jamais été expliquée et je ne l’ai pas explicitement autorisée.

Un flot important d’eau coula du bras de l’instructrice qui ne bougea pas d’un pouce. Le flot s’arrêta soudainement et plus personne ne vit quoi que ce soit d’autre arriver. Jusqu’à ce qu’un sursaut général ne se soulève sous le vrombissement soudain d’un geyser qui apparut derrière la barrière de glace. L’eau qu’elle avait invoquée avait glissé sur le sol en silence, s’accumulant en un point culminant, c’est-à-dire là où aurait été Brahart pourvu qu’il soit resté derrière son mur.

- Aucune protection n’est parfaite, il y a toujours une faille. Adoptez cette posture d’analyse et vous n’aurez pas besoin d’être de puissants mages pour être de bons mages. Elle prit une inspiration. Nous allons voir à quelle catégorie vous appartenez. Comme vous le savez, le feu et l’eau font de bien piètres protections en général, alors quelqu’un va devoir me remplacer. Viens ici, Lucile.

La timide première de classe écarquilla des yeux nerveux en s’approchant sans un mot de son institutrice. Elle n’expliqua pas son choix, mais elle savait d’une part que Lucile n’avait aucun intérêt pour les sorts offensifs, et de l’autre qu’elle était de loin l’apprentie la plus habile de cette promotion.

- Invoque un mur. lui instruit-elle. Nayle, tu commences, positionne-toi en face.

Le néophyte de la foudre s’avança et fut témoin de l’immensité de la barrière construite par sa camarade. Le mur atteignait facilement les trois mètres de haut et plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur.

- Qu’est-ce que je dois faire, professeure ? – s’enquit Lucile.

- Même exercice que plutôt, mais votre camarade ici présente va devoir adapter sa défense pour vous empêcher … elle se déplaça elle-même derrière le mur. … de m’atteindre moi.

- Quoi ?! Mais professeure, je … je ne crois pas que ce soit … prudent ?

- Tu peux commencer, Nayle !

Immédiatement, Lucile commença à rajouter des obstacles supplémentaires autour de sa tutrice, par peur qu’elle ne soit touchée.

- Calme-toi, Lucile. Garde ton sang-froid. Tu l’as vu jeter une étincelle ?

- … non ?

Sa phrase fut ponctuée par un déchirement dans les cieux, alors qu’une trombe d’or descendit avec un léger fracas juste au-dessus d’elle, passant par-dessus le mur érigé par la jeune fille. Atténuée par un dôme aquatique invoqué par Maëv, la foudre se propagea dans l’eau plutôt que dans le corps de la professeure.

- Exercice réussi Nayle, bravo. Quant à toi Lucile, ne te laisse jamais distraire par autre chose que ce que fait ton adversaire, n’essaye pas de prévenir, réagis plutôt.

- Oui, professeure …

- Suivante, Morgane.

L’insolente petite peste était, dans l’esprit de Maëv, sans doute la plus agressive manieuse de l’air qu’elle ait pu rencontrer. Elle s’était directement inspirée de sa professeure dans sa méthode d’utiliser la magie, ce qui faisait d’elle un danger ambulant. Son art était exceptionnellement meurtrier, ce qui aurait freiné n’importe quel chercheur de l’Académie. Mais Maëv croyait fermement que la magie est la seule forme d’expression qui ne devait pas être muselée. Le feu ou l’eau étaient inutiles face à l’air, surtout face à l’usage qu’en faisait la jeune fille. Autant dire que la professeure comptait entièrement sur sa pupille, d’autant plus que Morgane n’était pas du genre à y aller à fleuret moucheté.

Un sifflement entoura la main que Morgane serrait, toute sourire, comme ravie de se livrer à cet exercice. D’une manière extrêmement similaire à ce qu’avait fait la vaironne quelques minutes auparavant. Elle comprima l’air avec une extrême insistance et projeta le tout sur la roche épaisse qui se raya profondément sous un orchestre de sifflements, comme le piaillements d’un millier d’oiseaux qui grattaient sur la pierre. D’importantes marques de lacérations apparurent sur la surface, et derrière son abri, la professeure commença à entendre des murmures inquiets s’élever et vit Lucile courir jusqu’à là où se trouvait Morgane.

La professeure s’y dépêcha, accélérant le pas lorsqu’elle commença à entendre les cris de douleur de l’apprentie. La dizaine d’étudiants présente avait formé un cercle autour d’elle et de Lucile qui s’était presque jetée à terre à côté d’elle.

- Ecartez-vous tous !

Ordonna-t-elle en articulant bien distinctement son ordre, avec le plus grand des calmes, seulement nuancé par la potentielle urgence de la situation. Maëv vit le bras de la jeune fille qui avait orchestré l’incantation du sort. Il était déchiqueté, coupé de partout avec du sang qui en sortait à profusion, l’importante flaque écarlate qui souillait l’herbe témoignait de l’abondance des pertes. La pâleur de l’apprentie et son air profondément étourdi ne laissaient pas de doute, elle avait perdu énormément de du contenu de ses veines. Victime de sa propre magie, elle aussi … à vouloir aller trop loin trop vite, on se brise les jambes.

- Elle va s’évanouir, tu peux t’en occuper, Lucile ?

- Oui … ça ne devrait pas être un problème.

- Parfait. Elle se retourna vers les autres. Dernier passage. Brahart, tu vas me détruire ce mur, peu importe comment tu t’y prends.

- Compris …

La muraille de Lucile était extrêmement solide et Maëv doutait que ce garçon qui n’était clairement pas le plus doué du groupe puisse se démener à une tâche aussi colossale. Il conjura un long pic de glace qu’il planta sur le mur, ne réussissant qu’à creuser un trou assez profond pour garder l’épieu froid immobile. Circonspecte, la professeure leva un sourcil tout en balançant son regard de temps à autre sur Morgane pour vérifier son état. Lorsqu’elle retourna ses yeux, elle vit le garçon se créer une extension de son bras taillée comme un immense marteau. Avec une impressionnante brutalité, il frappa avec force contre le côté plat de son stalagmite déjà planté, l’enfonçant plus loin encore dans le mur qui s’effrita alors, tombant graduellement en poussière.

Alors, Maëv remarqua que quand bien même Brahart avait réussi l’épreuve, les débris du mur se mirent à retomber sur lui. La professeure n’eut pas le temps de la douceur, projetant sa magie, elle le bouscula avec une épaisse vague d’eau qui l’écarta de quelques mètres. La vaironne commença à se demander si Ambre n’avait pas eu raison au sujet de la prudence de ses élèves.

- Que cela conclue la session d’aujourd’hui. La puissance n’est rien si vous en êtes vous-mêmes victimes. Disposez.





Lucile, comme à son habitude, avait fait un excellent travail au niveau des soins. Maëv ne connaissait rien à ce domaine, elle s’assurait seulement à ce qu’elle le mette en pratique. C’était Ethan, mage de terre spécialisé dans les soins qui suivait sa formation. Aux côtés de la jeune apprentie, il analysait la blessure de Morgane sous le regard impassible de la vaironne.

- Les blessures de l’air sont généralement propres, mais comme elle est tombée au sol, mieux vaut désinfecter tout de même pendant qu’elle est encore inconsciente. N’oublie pas d’accompagner la fermeture des plaies en pinçant la peau là où elle a été coupé.

Elle suivit avec rigueur les instructions de son mentor, refermant la peau tranchée de sa camarade de classe non sans serrer la gorge. Ethan jeta un regard à sa collègue, avant de se lever, laissant une tape sur l’épaule à sa pupille et entraînant Maëv par le coude dans le couloir, hors de la chambre de Morgane. Avec un ton plein de reproches, il chuchota.

- Qu’est-ce que ça signifie ?! Comment s’est-elle faite cela ?!

- Elle se l’est faite elle-même. Tu sais que c’est ce qui arrive lorsque l’on ne maîtrise pas totalement la magie.

- Tu plaisantes ?! Elle s’est mutilée le bras avec de l’air ! Quel genre de magie est-ce là et comment as-tu pu l’apprendre à une fille de quinze ans ?!

- Je ne leur apprends rien, Ethan, c’est eux qui décident de la forme que prend leur magie. Je mets seulement leur connaissance en pratique.

- Et tu n’as pas pensé à surveiller pendant que tu faisais cela ? Tu ne pouvais pas ne pas savoir comment Morgane employait sa magie, tu l’as simplement laissée faire ! C’est de la magie de guerre, Maëv !

- Les préparer à la guerre est la meilleure manière de les préparer à survivre au terrain. S’ils bravent le pire, alors le difficile sera bien plus facile à appréhender, c’est de l’ajustement.

- C’est la meilleure manière de faire d’eux des psychopathes ! Tout le monde n’a pas besoin d’être un bon petit soldat sans émotion comme tu l’es toi. Est-ce comme ça que tu formes Lucile aussi ?

- Elle met en pratique les connaissances qu’elle voit avec toi, elle apprend à protéger les autres, à les soigner. Sans mes méthodes trop « miltaires » pour toi, elle ne serait pas la prodigieuse apprentie qu’elle est à présent.

- Ce n’est pas le problème ! N’as-tu donc aucune considération pour leur bien-être ? Que penses-tu qu’ils ressentent lorsqu’ils s’apprêtent à venir dans ton cours ? Ils sont terrifiés, je l’ai vu.

- Ils ont raison de l’être. On ne plaisante pas avec la mise en pratique de la magie, et même à notre âge on subit encore de violents rappels de l’instabilité de notre art.

- Et tu sais pourquoi ? Parce qu’Ambre a fait une erreur avec toi. Il t’a appris à blesser avant de t’apprendre à protéger. Morgane n’aurait pas le bras charcuté si elle avait su comment ne pas faire du mal avant d’essayer de faire du mal !

Maëv resta muette, presque bouche bée devant un raisonnement qui la toucha quelque part. Ce genre de chose arrivait rarement. Le brun jeune homme conclut.

- J’estime tes capacités, mais si tu ne prends pas de mesures pour que les apprentis ne soient plus blessés, alors je les prendrai moi-même. Tu sais déjà quelles réserves certains hauts-seigneurs ont à ton égard. Tu sais qu’il est loin d’être difficile de te délester de cette position.

- Alors, vas-y.

Elle brisa le silence qui s’était instauré quelques secondes durant, avec une réflexion qui fit s’hérisser l’échine d’Ethan. Il plongea un regard abasourdi dans les pupilles insensibles de Maëv qui le regardait avec une risette indifférente aux lèvres.

- Je me fiche complètement de tes avertissements, tes menaces sont aussi vides que ton enseignement. Les magiciens sont avant tout des soldats, on n’arme pas des civils comme on le fait ici à l’Université. Seul un idiot naïf pourrait croire à une utopie pacifiste comme la tienne. Un Empire est à nos portes, et par définition, un Empire doit s’étendre. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres des menaces qui entourent directement ou indirectement notre Université.

- Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu supposes une guerre là où est la paix ! Et c’est pour ce motif là que l’on se retrouve désormais avec des jeunes disposant de capacités dignes d’assassins ?!

- Les assassins survivent plus longtemps que leurs victimes.

Ethan secoua doucement la tête de gauche à droite, il ne pensait pas sa collègue enfoncée aussi loin dans des préceptes radicalisés. Après un long silence où il cherchait une once de mensonge dans les yeux de Maëv, il lâcha, dégoûté de n’y avoir trouvé que la vérité.

- Tu aurais dû rester une esclave. Ambre a fait une erreur en te sauvant de ta misérable condition.

- Va faire ce que tu as à faire.

- Compte là-dessus.

Maëv retourna d’elle-même dans la chambre de Morgane dont les paupières s’étaient ouvertes. Lucile tenait encore son bras à côte de son lit.

- Alors ? J’ai cassé la roche ?

- Tu ne peux pas casser de la pierre avec de l’air. Pas à moins d’être extrêmement puissante. Tu aurais dû passer sur le côté.

- Vous avez vu ? J’ai réussi à faire comme vous.

- Je ne me mutile pas un bras lorsque moi je le fais, Morgane.

- Il faut bien commencer quelque part, non ? Vous aussi vous vous êtes blessé le bras il y a peu. Je vous dépasserai bientôt si vous vous ramollissez, madame.

- Tu ne me dépasseras jamais si tu es comme moi et un mage sans bras ne sert pas à grand-chose. Veille à ta propre protection avant de chercher à devenir puissante. Sinon tu mourras avant d’avoir pu approcher ton véritable potentiel. Compris ?

- Vous vous inquiétez trop pour nous, vous savez. Se moqua-t-elle.

Maëv esquissa l’ombre d’un sourire.

- Je m’inquièterais vraiment si vous ne progressiez pas. Heureusement pour vous, je fais un trop bon travail pour ça. Elle se leva, adressant à Morgane une œillade insistante. Tu attends mon retour avant de réessayer à aiguiser l’air.

Et elle s’écarta dans le couloir. Lorsque, le soir venu, Ethan mena la haute-seigneur Méryle à la chambre de son assistante, ils la trouvèrent vide. Maëv s’en était allée.

***

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