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La nuit s'allume

Madelyne
Madelyne
14
17/04/2020

Feuille de personnage
Âge: 23 ans
Métier: Noble
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NOBLESSE
La nuit s'allume EmptyMer 22 Avr - 18:30
LA NUIT S'ALLUME

Le soir tombait. Madelyne regardait émerveillée la salle baignée de lumière. Les cristaux des lustres répandaient la lueur des bougies dans chaque recoin de la pièce faisant briller chaque dorure, exaltant chaque couleur du mobilier. Il lui semblait vivre un jour tamisé et chaleureux au son étrange d'un orchestre.

À ses côtés, sa tante accueillait personnellement chaque invité.

« Une attention, disait-elle, qui a la qualité de faire de vous une hôtesse prévenante tout en vous tenant informée de l'identité de ceux qui traverse votre porte. »

Madelyne ne s'y trompait pas. Sa tante ne lui avait pas délicatement imposé de rester près d'elle pour lui enseigner cette ingénieuse manœuvre. Elle souhaitait désamorcer toute contrariété, tuer l'indignation dans l'œuf. Sa nièce dérangeait. Les regards que lui lançaient les invités n'étaient pas feints. Ils exprimaient hostilité et défiance.

Ces regards la piquaient au vif. Elle s'était préparée à cet accueil, mais la réalité était plus brûlante que son imagination. Néanmoins, dire qu'elle aurait agi autrement à l'égard d'un habitant de Dexia serait se mentir.

« Pourtant, pensa-t-elle en souriant au couple qui se présentait, j'aurais su faire preuve de plus de délicatesse. »

Plus elle réfléchissait, plus elle trouvait saugrenue l'idée de ses parents. Ils avaient envoyé leur fille, seule, dans ce pays ennemi venant de renouveler son accord avec l'étranger, simplement pour s'assurer de la fidélité de son oncle éloigné malgré les perspectives politiques et économiques qui s'offraient à lui. L'excitation et l'honneur avaient laissés place à l'inquiétude, à l'agacement contre un projet imprudent. Projet dont elle se retrouvait la principale et seule protagoniste. Mais l'agacement s'était amenuisé le long du voyage et de ces premiers jours ici. L'attachement familial semblait intact. Elle n'avait subi aucune mauvaise surprise. Cette réception était la première. Le regard de Madelyne se perdit. Cette surprise n'était pas des plus mauvaises, elle devait l'admettre.

Elle n'avait jamais vu une foule aussi hétéroclite. Non. C'était l'effet de la nouveauté. Elle se perdait dans cette assemblée comme elle s'était perdue dans ces nouveaux paysages éclairés d'un soleil plus clair, baignés d'air plus chaud que ceux de sa région. Elle avait rapidement adopté les tenues les plus légères de sa garde-robe. Ce soir, elle était heureuse de porter sa longue robe blanche qui laissait ses épaules goûter l'air encore tiède du crépuscule.

Si elle appréciait son séjour auprès de ses proches, elle n'irait pas jusqu'à aimer ce pays. Seul son régime suffisait à lui déplaire. Pourtant, elle ne pouvait nier que sa famille semblait satisfaite de sa situation. Son oncle était un Comte à l'influence apparente, à la fortune et aux privilèges pareils aux siens. Aussitôt, Madelyne rejeta cette constatation. Le bien-être de sa famille ne justifiait en rien une politique qui respectait si peu ses valeurs.

Elle reporta son attention sur sa tante. Ce long défilé finirait bientôt, elle le savait. Ses mains se serrèrent. En réalité, elle était tétanisée. Elle était une étrangère. Jamais ce sentiment ne l'avait traversée. Il lui serrait le coeur, l'apeurait. Elle rit en elle-même. Quelle sotte ! Le temps d'une seconde, elle avait perdu son calme. Quelle meilleure position que la sienne ? Elle accompagnait l'hôtesse, elle était intouchable. Elle recevait de ces gens de simples regards, or un regard se change aisément. Certains semblaient même lui porter un intérêt pacifique.

Madelyne se reprit, oublia ses craintes inutiles pour sourire aux prochains arrivants. Cette réception était une bonne surprise
.


Tibère
Tibère
37
15/04/2020

Feuille de personnage
Âge: 26 ans
Métier: Diplomate
Couleur: #cc6600
POLITICIEN
La nuit s'allume EmptyJeu 23 Avr - 10:09






La nuit s'allume

Les conseillers dexiens sortirent de la salle, suivis des traducteurs-interprètes, laissant seuls deux des diplomates de la délégation prodosienne. Le plus jeune poussa un grognement en passant une main gantée d'acier dorée sur son visage. Ils arrivaient au bout de ces satanés négociations sur les taxes sur la matière première provenant de l'Empire. Heureusement que les délibérations avaient accéléré ces derniers jours, car il ne faisait aucun doute que le traité ne tarderait pas à être signé.

L'aîné, en silence, regroupa les feuilles laissées çà et là sur la longue table. Il finit par glisser une œillade embarrassée à son compère, avant de prendre la parole en Voreianais sur un ton à l'allégresse forcée :

« Maintenant, repos pour être frais ce soir ! »

Regard rouge assassin.

« Comment ça, Maître Nutesh, "pour être frais ce soir" ? »

Quintus Nutesh, diplomate prodosien d'une quarantaine d'années spécialisé dans le commerce avec le territoire alasyen, grimaça. Quand Tibère Ur-Nungal, ancien militaire et l'un des plus jeunes membres de la délégation impériale, s'embarrassait à l'appeler par son nom de famile, ce n'était pas bon signe.

« Nous sommes invités à une réception donnée par le seigneur Treharne, répondit-il en lui tendant une élégante lettre - supposément l'invitation en question. Il serait mal vu de ne pas y assister, il a une place de choix dans le pays. »

Tibère s'en saisit sans piper mot et la survola d'un œil oscillant entre l'ennui et l'agacement. Il grommela dans sa barbe. Il se rappelait de l'hôte de la réception et ce n'était effectivement pas le genre de personnes que l'on pouvait ignorer. Cela ne l'arrangeait pas du tout. Il aurait préféré profiter de la soirée pour se renseigner davantage sur les agissements de ce satané Magistrat en Dexia. Un soupir lui échappa.

« Soit », dit Tibère en reposant dans un geste sec le bout de papier.

Quintus Nutesh dissimula mal son soulagement. Il connaissait le naturel capricieux et les vives colères de son cadet et le voir disposé à participer à cette réception le rassurait donc. Il hocha la tête d'un air satisfait et les deux hommes se levèrent, prêts à quitter les lieux.

₪ ₪ ₪


La plupart des convives étaient déjà arrivés quand les deux diplomates impériaux firent leur entrée. Considérant tout ce beau monde rassemblé dans l'imposant manoir, celle-ci ne fut pas particulièrement remarquée ; n'en demeurait pas moins que leurs habits à l'évidente origine prodosienne attirèrent quelques regards surpris puis inquisiteurs. Plus colorés et légers que les standards dexiens, Tibère en outre avait gardé la pièce d'armure dorée qui recouvrait tout son avant-bras gauche. Il avait remarqué qu'arborer fièrement celle-ci avait tendance à intriguer ses interlocuteurs et leur rappelait que Proodos était avant tout une nation conquérante qu'il ne fallait pas prendre à la légère.

Amos, son serviteur aussi servile que fidèle lui servant également d'interprète, lui avait appris que la famille Treharne s'étendait jusqu'en Tharros, bien que prenant naturellement des noms différents au gré des divers mariages. Ainsi, il semblait que des membres de la famille tharosienne de Pylgrimm seraient présents. Cela n'avait pas manqué d'insurger le jeune homme et des grands "Quoi ! Moi, discuter avec ces barbares de Tharrosiens ?" avaient résonné dans la demeure avant de se calmer. De toute façon, il n'avait guère le choix.

La femme du seigneur Treharne ne tarda pas à relever leur présence et vint à leur rencontre. Juste avant qu'elle n'arrive à la hauteur, Quintus Nutesh glissa à l'oreille de son cadet :

« Derrière elle, regardez. Madelyne de Pylgrimm. C'est elle, la Tharrosienne. »

Le tout prononcé dans un Voreianais parfait empêchant l'écrasante majorité des gens présents de comprendre ce qui se disait. C'était clairement un avertissement. Pas d'incident ce soir. Si guerre il y avait - et de toute évidence, guerre il y aura -, ce n'était pas à l'Empire de la déclarer. Tibère plissa les yeux, accordant à son comparse un regard froid. Pour qui le prenait-il ? Il n'était pas un imbécile, il n'allait pas s'amuser à chercher des noises à la première Tharrosienne venue. Mais avant qu'il ne puisse parler, la femme Treharne les accueillit avec une exquise politesse. Présentations et banalités s'échangèrent avec aisance, les diplomates prodosiens maîtrisant suffisamment l'Alasyen pour s'exprimer malgré un accent prononcé. Le regard rouge de Tibère s'attarda brièvement sur la demoiselle de Pylgrimm, et une lueur de surprise y naquit. Oh. Elle ne ressemblait en rien à l'idée qu'il s'était fait des sujets de ce barbare roi Areng. Délicatesse et mesure étaient certainement les mots qui décrivaient le mieux l'étrangère. Au fond, il n'aurait certainement pas dû s'en étonner : il existait des Tharrosiens intelligents et raffinés comme il existait des Sofiens belliqueux, des Prodosiens pacifiques et des Dexiens désintéressés.

De riches marchands dexiens ne tardèrent pas à vouloir leur faire la conversation et Tibère se plia à l'exercice malgré le mépris qu'il ressentait pour ces gueux qui ne savaient que rassembler de l'argent. Une coupe de cet excellent vin dexien à la main, il finit toutefois pas prendre congé après une discussion déjà trop longue à son goût. Un balcon donnait sur le jardin savamment entretenu. Tibère s'y rendit, espérant profiter autant de l'air frais que de quelques minutes de solitude. Une brise légère l'accueillit alors qu'il mettait le pied dehors et un soupir d'aise lui échappa.

« Ce satané Quintus... » marmonna-t-il - en Notien cette fois-ci - en s'accoudant à la rambarde en pierre.

Retenant un geste de surprise, il ne remarqua qu'alors qu'il n'était pas seul à profiter de la sérénité nocturne. Une demoiselle dans une longue robe blanche aux épaules dénudées, deux yeux d'un azuré froid, une chevelure blonde encadrant délicatement un visage aux traits fins... La Tharrosienne. Comment s'appelait-elle, déjà... ? Ah oui :

« Mademoiselle de Pylgrimm », lâcha-t-il en guise de salut, inclinant légèrement la tête.

Passage obligatoire en Alasyen, naturellement. Il se savait obligé de briser le silence pour respecter l'étiquette. L'éclat scrutateur de ses yeux rouges ne trompait pas, cependant : il n'oubliait pas que l'alliance proche entre Dexia et Proodos serait certainement synonyme de déclaration de guerre avec Tharros. Mais pour l'heure, il ne pouvait ignorer cette parente du maître des lieux.

Codage par Libella sur Graphiorum


***

Warriors... Did you not understand? That all dreams must disappear when the dreamer wakes. Every last one of them.
Madelyne
Madelyne
14
17/04/2020

Feuille de personnage
Âge: 23 ans
Métier: Noble
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NOBLESSE
La nuit s'allume EmptyVen 24 Avr - 6:24
LA NUIT S'ALLUME


« Quoi ! Moi, discuter avec ces barbares de Tharrosiens ? »

Les mots avaient survolés la foule pour la frapper en pleine poitrine. Le choc effaça son sourire, écarquilla ses yeux. La colère et l'indignation emportèrent le calme à l'instant retrouvé. Son peuple, sa famille : des barbares. Une barbare : elle. Comment avait-elle pu être si indulgente devant tant d'injures ? Leur incapacité à cacher leur dédain n'était pas suffisante. Devaient-ils pousser l'affront jusqu'à le crier ? Les gens de ce pays décadent, ces marchands jouant aux princes, ces gueux au costume de visionnaire. Au contraire de sa tante, elle s'interdit de regarder en direction des clameurs.

« Veuillez-nous excusez. »

Madame de Treharne prit congé de ses interlocuteurs dans une révérence. Elle fendit élégamment la foule sans paraître troublée allant à la rencontre de deux hommes venant d'entrer. La dorure de leur peau ainsi que leur tenue particulièrement colorée et légère ne perturba pas Madelyne, ses pensées étaient occupées à nourrir sa fureur. Sa tante lui adressa un regard confirmant qu'ils étaient les auteurs de la révolte. Prévenir était inutile, toutes deux savaient que la jeune fille contiendrait ses humeurs. Au-delà du peu soutien qu'elle obtiendrait, elle estimait qu'aucun hurlement ne pouvait taire un cri.

Sa tante accueillit les convives avec courtoisie.

« Messieurs, quelle joie de pouvoir vous compter parmi nous ce soir. Puis-je vous présenter ma parente ? »

Madelyne inclina la tête à la confirmation son origine et son nom, soulagée d'avoir réalisé son unique contribution. Sa tante lui appris avec civilité qu'elle rencontrait deux diplomates de Proodos : l'ainé se nommait Quintus Nutesh, le cadet Tibère Ur-Nungal. Elle comprit aussitôt. Leur identité expliquait leur réaction. Si sa présence déplaisait aux Dexiens avec qui elle partageait terres et culture, elle n'osait imaginer l'irritation qu'elle causait à ceux qui tentaient d'envahir avec distinction son continent. Cette conclusion ne taisait son emportement, mais elle fit disparaître la brume de son esprit.

Les idées claires, elle put juger de l'inconvenance de l'accoutrement des étrangers. Ils portaient plus de bijoux qu'elle ne l'oserait jamais. Le plus jeune portait au bras une pièce d'armure en or, un équipement martial qui n'avait pas sa place à cet évènement. Au moins permettait-elle de cacher un corps svelte et dessiné qu'il se plaisait à montrer. Le mépris la gagna. Ces hommes-là s'étaient crus légitimes à la qualifier de « barbare ». Hautaine, elle s'attarda sur le visage de Tibère. Elle n'avait jamais vu des yeux à la couleur semblable : un rouge sang, profond, étonnamment courtois à l'occasion. Des yeux qui ne croisèrent pas les siens, évidemment.

Elle mit un terme à son examen en entendant les deux diplomates s'exprimer aisément en Alasyen. Elle était étonnée de la richesse de leur langue qui sonnait étrangement sous leur accent.

Mais cette constatation intensifia le courroux de Madelyne : si leur surprise était réelle, ils auraient pu s'exprimer dans leur dialecte. La blessure avait plus d'amertume de paraître calculée. Elle était persuadée, à la façon dont sa tante s'adressait à l'ainé des deux hommes, que ce dernier n'aurait jamais osé lever la voix dans la demeure de sa parente. En conséquence, ce Tibère Ur-Nungal s'était permis de clamer son indignation à la foule. Une manoeuvre diplomatique des plus grossières, pensa-t-elle, de désigner par une telle comédie l'ennemie commune. Elle ne pensait même pas à reprendre son sourire, elle détourna simplement le regard pour ne pas risquer d'embarrasser sa parente.

L'échange de convenances terminé, les deux étrangers s'éloignèrent. Madelyne respira de nouveau, mais n'eut pas le temps de retrouver son calme. Tandis qu'un nouveau couple d'invités finissait de se présenter à la maîtresse de maison, un homme s'approcha pour lui parler discrètement :

« Ma Dame, je souhaiterais que nous nous entretenions au sujet de notre affaire. »

Sans une once de politesse, il toisa Madelyne signifiant qu'il n'en dirait pas plus en présence d'une Tharrosienne. Malgré sa rage bouillonnante, elle sut qu'elle devait se retirer. Grâce à l'intervention du Prodosien, la rumeur de sa présence était assez répandue pour qu'elle ne s'inquiète plus de passer inaperçue.

« Madame, avec votre permission, je souhaiterais m'absenter un instant. » demanda-t-elle docilement en inclinant légèrement la tête.

Sa tante lui serra discrètement le bras avant de la congédier. Par ce geste, elle lui transmettait toutes ses excuses pour ces incidents et l'assurait de sa compassion. Mais cette sympathie ne suffisait pas à adoucir sa fureur. Elle avait subi plus d'injures en une soirée que ces vingt-trois dernières années. Elle avait réussi un instant à être indulgente, à comprendre leur réticence. Malgré ses préjugés, elle avait veillé à ne pas se montrer désobligeante, à s'intéresser à la vie et aux coutumes de ce pays. Comment pouvaient-ils la traiter ainsi ? Même étrangère, elle restait une noble, une de Pylgrimm. Aucun d'eux ne pouvaient prétendre à sa distinction.
Elle parcourait la demeure d'un pas aussi mesuré que son emportement était violent. Elle ne laisserait pas paraître sa détresse, ils s'en délecteraient.

Elle arriva au balcon qu'elle s'était plue à occuper l'après-midi. Elle fut soulagée de n'y trouver personne. Elle s'approcha de la rambarde, y posa ses mains. Elle ne sait si c'était l'effet de la brise tiède sur son visage, le contact chaud des pierres sur ses paumes ou la solitude soudaine, mais ses tensions parurent s'apaiser. Elle souffla, ferma les yeux quelques secondes avant de les ouvrir à nouveau sur le jardin maintenant plongé dans la nuit, animé par la lumière des bougies et les voix lointaines.

Le choix de ses parents semblait limpide à présent. Madelyne était l'unique enfant pouvant accueillir tant d'insultes sans pleurs ou esclandres. Son calme et sa patience la rendait parfaite en représentation, mais cette soirée l'avait poussée dans ses derniers retranchements. Elle soupira, résignée. Elle remplirait son rôle. Ce séjour toucherait un jour à son terme, elle ne reviendrait jamais dans ce pays. Elle en était sûre à présent, les Dexiens ne semblaient pas s'émouvoir à l'idée d'une guerre contre Tharros. Une guerre... Elle n'était pas niaise au point de croire que la discrétion de sa famille lui permettrait d'y échapper. Sous un autre gouvernement, dirigée par un autre Roi, elle n'aurait jamais douté de leur victoire, même si le monde entier s'était opposé à son État. Mais aujourd'hui, leur seul espoir reposait sur la force et la fidélité de leur armée. Elle se reprit, effaça l'inquiétude naissante. Elle ne pouvait encore rien affirmer.

En ce contexte, le courage de son oncle et de sa tante était évident : risquer de la présenter lors de cette réception sans se soucier de ternir leur réputation ou de briser leurs alliances était une preuve de profonde loyauté. Elle se devait de l'honorer en retournant à l'intérieur. Il serait trop aisé que son absence nourrissent de nouvelles médisances.

Des pas résonnèrent juste derrière elle, quelqu'un avançait à ses côtés. Elle respira profondément prête à accueillir l'inconnu avec la délicatesse qui était sienne. Leurs préjugés n'entameraient pas sa certitude, elle était bien plus éduquée qu'eux.

Elle se figea sentant toutes ses résolutions s'envoler, une nouvelle fois. Le jeune diplomate venait de s'installer près d'elle. Venait-il la tourmenter ? Il avait parlé dans une langue étrangère et les mots ne lui semblaient pas destinés. Elle était désabusée, le cercle de ses déceptions était infini. Elle le regarda froidement prendre conscience de sa présence. Il ne mit qu'un cours instant à la saluer en inclinant légèrement la tête.

« Mademoiselle de Pylgrimm. »

En d'autres sentiments, elle aurait souri en entendant l'étrange prononciation de son nom. En d'autres sentiments, Madelyne se serait avouer que les traits du jeune homme étaient fins et harmonieux, que l'indiscipline de ses cheveux dorés lui donnait un charme sauvage, exotique. Elle lui aurait même trouver une certaine distinction. Mais à l'instant, elle laissait ses doigts se resserrer sur la pierre pour contenir son irritation.

La politesse de l'approche du jeune homme ne suffisait à cacher l'éclat de ses yeux. L'honnêteté de son regard l'irritait autant qu'il l'amusait. Il n'avait pas besoin de lui montrer que sa compagnie lui déplaisait, il l'avait clairement exprimé plus tôt. Elle avait en face d'elle un imbécile qui pouvait se vanter de ne pas être hypocrite.

La situation ne semblait pas non plus lui convenir. Elle se demandait s'il était délibérément venu à elle. C'était peu probable. Au-delà de son innocence première, elle voyait mal ce qu'un diplomate de Proodos pouvait retirer d'une entrevue avec une Tharrosienne. Madelyne peinait à l'admettre, mais il était en bien meilleure posture qu'elle, il n'avait pas à s'embarrasser d'une discussion faussement polie.

Pourtant, il ne semblait pas souhaiter retourner à ses affaires. Elle laissait le silence s'imposer, son regard froid toujours plongé dans le rouge de ses yeux. Sans un remord pour son impolitesse, elle inclina légèrement la tête lui rendant son salut.

« Monsieur. » Dit-elle courtoisement sans se risquer à prononcer un nom dont elle ne maîtrisait pas l'origine.

Mais son oeuvre de bienséance ne suffit pas à faire partir le Prodosien. Si l'envie la démangeait, la situation l'empêchait de prendre congé : son départ pouvait le vexer or elle s'était promis d'honorer la confiance de ses proches. Après réflexion, elle préférait se mesurer à un loup égaré plutôt que la meute entière. Elle avait retrouvé son calme, la violence ne dominait plus son humeur, mais les injures passées de l'homme nourrissait ressentiment et méfiance. Au moins était elle plus distinguée de ne pas se répartir en insulte. Elle priva son regard sévère de toute froideur, le tourna vers l'ombre du jardin en s'adressant au diplomate :

« Vous n'êtes pas de ceux qui se confondent en excuses. »

Par ce reproche, elle lui faisait savoir qu'elle avait entendu ses épanchements, mais sa voix était vierge d'amertume. À quoi bon lui faire une grande morale? Elle était lasse. Elle ne changerait jamais les sentiments de cet étranger, elle devait seulement préserver les apparence sans pour autant feindre la sympathie. Lui offrir la victoire d'une discussion n'ajoutait rien à son mal : elle était une paria dans un monde qui souhaitait détruire le sien. Après un bref silence, elle continua sa pensée.

« Dois-je en déduire que votre jugement à mon égard est sans appel ? Demanda-t-elle en lui adressant une brève attention qu'elle reporta sur la pénombre. Ou, peut-être, peinez-vous à vous faire aux codes d'un continent civilisé... »

Elle laissa sa phrase en suspens comme perdue dans une véritable réflexion. Elle avait l'art d'ironiser d'une voix désintéressée. Son jugement à l'égard de Tibère était tout aussi affirmé que le sien, mais elle savait se tenir.

« Cela dit, ajouta-t-elle dans un soupir, si peine il y a, je suis honorée que vous la preniez à me saluer. »

Oui, elle devait d'être humble, peu d'autres auraient pris la peine de lui adresser un mot ou de retenir son nom, même ainsi chanté. L'effort aussi hypocrite soit-il était partagé. Deux étrangers qui s'opposaient dans un pays qui n'était pas le leur, la situation était ironique.



Tibère
Tibère
37
15/04/2020

Feuille de personnage
Âge: 26 ans
Métier: Diplomate
Couleur: #cc6600
POLITICIEN
La nuit s'allume EmptySam 25 Avr - 7:27






La nuit s'allume

Elle répondit à son regard lourd de sens sans broncher. Le silence s'étira et il sentit un début d'agacement fourmiller en lui. S'apprêtait-elle à l'ignorer comme s'il n'était qu'un vulgaire plébéien ? Ses prunelles rouges s'ombragèrent dangereusement à cette pensée - ces Tharrosiens ne méritaient décidément aucunement sa considération -, jusqu'à ce que...

« Monsieur. »

Une voix claire et ferme mais courtoise. Même s'il fut satisfait d'avoir enfin obtenu sa réponse, il devina vite que cette attente n'était pas anodine. L'éclat dur du regard azuré le lui faisait comprendre. Cela ne manqua pas de lui faire plisser légèrement les yeux et Tibère daigna étudier plus en détail la demoiselle venue de ce pays gouverné par une piètre imitation de roi. Une de Pylgrimm, qu'Amos lui avait dit. Haute noblesse, discrétion politique, famille puissante mais agissant peu, ou alors n'agissant que dans l'ombre. Le diplomate ne pouvait vérifier toutes ces informations en se contentant de dévisager Madelyne de Pylgrimm, mais le premier critère au moins était sûr. La haute noblesse. Chaque geste était mesuré, chaque mot porteur de sens et sans doute de sous-entendus... et chaque silence significatif.

« Vous n'êtes pas de ceux qui se confondent en excuses. »

Il haussa un sourcil. Un reproche... ? Oh, ceci expliquait cela. Elle l'avait entendu, lorsqu'il tempêtait devant la demeure et qu'il clamait de vive voix son mépris pour les Tharrosiens. Quintus l'avait alors prié de se taire d'un air catastrophé. C'était donc pour cela ? Pour ne pas frustrer la de Pylgrimm et les époux Treharne ? Un instant, une lueur interloquée, bientôt furieuse, dansa dans ses prunelles pourpres. Attendez... Cette Tharrosienne osait incriminer son comportement ? Pour qui... Pas d'incident ce soir. L'avertissement silencieux de Quintus se rappela à lui, et les yeux de son comparse prodosien avaient pris dans son souvenir une lueur presque menaçante que ce froussard n'aurait jamais eut le cran d'arborer.

Alors la colère se mua en amusement, voire en intérêt. Elle s'était tournée vers le jardin dont la belle architecture était à peine visible dans la pénombre. Ces fameuses pierres lumières propres au continent alasyen éclairaient toutefois suffisamment les environs pour ne pas représenter une gêne. Ils étaient rares, ceux qui se permettaient d'ouvertement désapprouver le comportement de Tibère. Parce que les Prodosiens qu'il côtoyait connaissaient sa tendance à l'emportement, parce qu'à défaut d'appartenir à une noblesse ancienne, la famille Ur-Nungal avait au fil des générations fourni à l'Empire des figures de choix sur un plan principalement militaire. Mais cela, les Dexiens l'ignoraient ; savoir en revanche que Proodos risquait de faire figure de bouclier face aux forces tharrosiennes les revêtait d'une complaisance à toute épreuve à l'égard de la délégation impériale, si bien que Tibère n'avait encore été confronté à aucun affront en ces lieux. À part ce petit éclat dans l'auberge où Nyr l'avait amené, mais les circonstances étaient différentes.

« Dois-je en déduire que votre jugement à mon égard est sans appel ? reprenait-elle après un court silence. Ou, peut-être, peinez-vous à vous faire aux codes d'un continent civilisé... Cela dit, si peine il y a, je suis honorée que vous la preniez à me saluer. »

Le tout d'une voix presque lointaine. Après avoir brièvement posé sur lui son inflexible regard bleu, elle conclut sa prise de parole avec un petit soupir. Il ne réagit pas immédiatement, ne sachant trop s'il avait envie d'éclater de rire ou de hausser la voix. En attendant, il décida de s'appuyer à la rambarde, tournant contrairement à la demoiselle dos au jardin. Ses prunelles rouges se firent impassibles alors qu'il voyait tout ce beau monde à l'intérieur qui discutait plaisamment, riait parfois, échangeait de petites messes basses souvent. Quintus s'entretenait à présent avec l'époux Treharne. Il y avait dans les tenues des Dexiens présents une sorte d'élégante sobriété qui n'était pas de mise dans la cour impériale, mais qui malgré tout lui paraissait un peu fade.

Cette courte observation lui permit de reprendre contenance. Pas d'incident ce soir. C'était agaçant mais il allait s'y tenir.

« Effectivement, je n'ai que faire d'excuses, fit-il sur un ton sec, gardant les yeux rivés sur le spectacle de la réception. Vous devez savoir autant que moi qu'elles sont pour le parti qui les formule fausses, et pour celui qui les reçoit rarement acceptées. »

Jamais honnêtement, en tout cas, et Tibère était las de supporter l'exagérée affabilité dont nombre de ces Dexiens faisaient preuve. Et puis la Tharrosienne l'avait - comble de l'ironie - surpris, d'une surprise qui, le moment d'instinctive colère passé, n'était pas totalement désagréable. Alors que ces Dexiens, pour la plupart d'entre eux... Insipides, inintéressants, d'une affligeante banalité.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Tibère était d'un naturel curieux - pourquoi aurait-il daigné quitter Proodos sinon ? -, et la noble tharrosienne venait d'aiguiser sa curiosité. Même si la froide ironie qu'elle maniait comme une arme anima au fond des prunelles rouges une lueur impétueuse. Les codes d'un continent civilisé... ? Voyons donc. Belles foutaises que celles-ci.

« Un continent civilisé, l'Alasya ? » répéta-t-il avec une spontanéité amusée qui, sûrement, aurait déplu à Quintus. Un bref éclat de rire lui échappa puis son regard vint se poser sur la demoiselle. « L'Empire est aussi grand que ce continent et nous n'y avons pas la moitié de vos conflits. »

Parce que Sa Majesté impériale savait tuer les protestations dans l’œuf, mais c'était là un détail que Madelyne de Pylgrimm n'avait guère besoin de savoir. Sauf en ce qui concernait le Magistrat, visiblement... Ce constat fit s'envoler l'ombre de sourire qui planait sur son visage tandis que, sourcils froncés, il portait sa coupe de vin à ses lèvres. Bizarrement, jamais le Magistrat ne l'avait autant préoccupé que depuis qu'il avait mis les pieds en Dexia. Sur les terres prodosiennes, il avait eu l'impression que ces rebelles étaient trop peu nombreux pour représenter d'une manière ou d'une autre davantage qu'un misérable moustique devant le géant qu'était l'Empire. Depuis qu'il avait appris la possibilité que le Magistrat voulait profiter de ce nouvel ennemi qu'était Tharros, la donne, à ses yeux, avait changé. De moustique, le groupe de révoltés était devenu frelon.

Ces histoires le fatiguaient. De jour, il assistait à ces sempiternelles réunions, et de nuit, il essayait de trouver des informations sur le Magistrat qui se faisait étonnamment entreprenant.

Le délicieux vin coula dans sa gorge, essayant sans succès de taire ces pensées parasites. Dans un cliquetis d'acier doré, sa main posa la coupe sur l'épaisse rambarde.

« Mais je dois admettre que je pensais que le premier Tharrosien que j'aurais à rencontrer ressemblerait davantage à votre roi barbare. »

Comme toujours, manque flagrant de délicatesse mais Tibère s'en fichait royalement. Ce n'était certainement pas dans ses priorités que de savoir si ses propos pouvaient blesser une Tharrosienne.

« Je suis surpris que le seigneur Treharne s'amuse à vous faire venir en présence de diplomates prodosiens », poursuivit-il d'une voix neutre, continuant délibérément de fixer le seigneur en question qui conversait toujours avec Quintus.

Un air songeur s'était gravé sur ses traits altiers.

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14
17/04/2020

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La nuit s'allume EmptyDim 26 Avr - 11:30
LA NUIT S'ALLUME

Le temps d'un silence, Madelyne admirait les reflets de la lune et des pierres se mêler dans l'eau des bassins. Une chaleur émanait de ce jardin où la végétation était sagement contenue entre les roches blanches. Son architecture minérale le dotait d'une élégance froide à laquelle la jeune noble préférait la flore gourmande d'Andreios. Dans sa contemplation, elle attendait la réponse du diplomate. Lui répondrait-il seulement ? Il semblait capable de se délivrer d'une discussion déplaisante sans remords ni tournures de politesse. Cependant, elle le sentit se tourner et s'appuyer dos à la rambarde. Il ne partirait donc pas.

« Effectivement, je n'ai que faire d'excuses. Vous devez savoir autant que moi qu'elles sont pour le parti qui les formule fausses, et pour celui qui les reçoit rarement acceptées. »


Son ton était sec, sans contestation possible. Elle eut un sourire étonné, amusé. Bien qu'elle n'attendait pas d'excuses sincères sur le fond de sa pensée, elle présumait qu'il exprimerait un regret sur la forme de son expression. Cependant, son orgueil fut moins touché que sa curiosité. Tibère Ur-Nungal assumait parfaitement son comportement. Aussi insultante qu'était sa défense, la franchise du diplomate attisa son intérêt. Elle n'appréciait pas ceux qui agissaient à la légère, regrettant leurs gestes incontrôlés dès qu'ils leur étaient reprochés. Il avait en lui l'insolence et la sincérité d'un enfant, mais ses principes répondaient à ceux de Madelyne.

« Un continent civilisé, l'Alasya ? L'Empire est aussi grand que ce continent et nous n'y avons pas la moitié de vos conflits. »

Et pas la moitié de notre histoire, ne put-elle s'empêcher d'opposer en pensée au rire de Tibère. Comme pour appuyer son jugement, il l'avait regardée le temps de sa réponse. Comme revendiqué plus tôt, il ne s'en excuserait pas. Elle ne répondit pas, son visage s'assombrit.

L'Empire... Madelyne regardait un instant ses mains posées sur la pierre blanche. Les rires résonnaient derrière elle. La musique venait contredire le calme de la nuit. La jeune de Pylgrimm connaissait peu l'histoire de l'Empire, suffisamment pour pouvoir en discuter dans un dîner, pas assez pour opposer son opinion à l'un de ses représentants. Selon les enseignements et les dire de ses hôtes, l'Empire était un régime puissant et autoritaire qui ne souffrait pas de divisions profondes malgré les origines diverses de leurs peuples. Mais cet Empire était jeune. Il n'a pas la moitié de notre histoire. Elle nourrissait un certain agacement contre ces étrangers qui, imbus de leur paix, se permettaient de venir alimenter leurs conflits. Ils étaient naïfs, un jour viendrait où l'une de leur contrée souhaiterait prendre son indépendance, elle était curieuse de savoir s'ils s'en sortiraient avec autant d'orgueil. Ce diplomate était naïf.

Une main encore posée sur la rambarde, elle se tourna pour considérer Tibère, mais il avait déjà reporté son attention sur les invités. Elle l'avait regardé sous le coup de la colère et de l'irritation. À quelques pas de lui, elle prenait conscience de sa prestance. Il y avait de la noblesse en la personne de Tibère Ur-Nungal, une noblesse provocante, assurée de sa distinction et de sa puissance. Il dégageait arrogance et impulsivité, force et détermination. Évidemment... Un simple marchand ne serait pas diplomate. Elle était obligée de reconnaître qu'il était, sinon son égal, au moins un homme de son rang.

Ses yeux pourpres arboraient une chaleur égale à la froideur de ses yeux à elle. Madelyne avait toujours apprécié ceux que la passion et l'orgueil semblaient animer, parfois à leurs dépens. Sûrement parce que ces emportements lui étaient inconnus, que cette fougue leur offraient un charisme opposé au sien et qu'elle s'amusait de voir leur vie se dérouler dans cet océan. Seth était de ces gens. La comparaison avec son frère lui fit ressentir une certaine affection pour cet étranger maintenant muet.

Son visage était sévère, ses traits soucieux. Elle ne lui aurait pas prêté tel sérieux. Elle sourit en elle-même, satisfaite. Pas la moitié de nos conflits. S'ils n'étaient pas ceux de l'Empire, Monsieur Ur-Nungal en avait des plus personnels à gérer.

De son bras ganté, il porta un verre de vin à ses lèvres, toujours pensif, avant de le déposer doucement à ses côtés. Madelyne suivit le regard du jeune noble pour découvrir que son oncle discutait avec Quintus Nutesh, le second Prodosien.

« Mais je dois admettre que je pensais que le premier Tharrosien que j'aurais à rencontrer ressemblerait davantage à votre roi barbare. »

Un sourire se dessina sur le visage de la jeune fille. Décidément, il appréciait ce terme. Décidément, il ne reculerait devant aucun offense. Cette fois encore, elle nota seulement l'injure faite à son roi. Si elle n'appréciait pas son souverain, elle ne tolérait pas non plus que Tibère fasse une telle généralité du comportement d'un seul homme, fusse-t-il à la tête de son État. Elle ne s'aventurerait pas à comparer tous les Prodosiens à leur présent diplomate. Quoique..... Elle se reprit, son sourire n'était pas né de cette réflexion, mais du léger compliment reçu. Elle était ironiquement touchée que la barbarie soit retirée de sa définition. Elle ne s'attendait pas à une reprise si rapide de son jugement. Ainsi discutait-il avec une Tharrosienne.

« Je suis surpris que le seigneur Treharne s'amuse à vous faire venir en présence de diplomates prodosiens »

À nouveau, elle sourit. Elle avait conscience que le ton neutre de Tibère pouvait aussi bien être une simple observation qu'une menace dissimulée, mais elle prit le parti de l'innocence. « Surpris »... Ce soir, elle aimait ce mot.

« Je suis surprise qu'il s'amuse à faire venir des diplomates prodosiens en ma présence. » répondit-elle avec amusement, observant toujours les deux hommes.

Non, ce n'était pas le goût du jeu qui avait poussé son oncle à faire naître une telle situation. Ce n'était pas la bienséance ou une quelconque manoeuvre politique, elles semblaient s'y opposer. La seule raison était l'impasse. Il n'avait eu d'autre choix que de troubler tout le monde pour n'offenser personne.

La brise entra dans la demeure, froissant les robes, agitant les dentelles, faisant danser la flamme des bougies. Le spectacle était délicat, les couleurs des tenues se muaient, s'accordaient au fil des discussions avant de se séparer. Cette foule était une chaude menace. Une mèche blonde vint courir sur son visage, emportée par le vent qui soulevait ses cheveux blonds laissés libres. Seules deux tresses fines partant de ses tempes étaient nouées à l'arrière de sa tête. Madame de Treharne lui avait demandé d'adopter cette coiffure moins stricte pour les festivités, moins Tharrosienne, plus Dexienne.

Elle regarda Tibère. L'air agitait ses cheveux dorés, à l'instar de ses boucles d'oreilles. Son insolence piquait sa sérénité, mais n'entamait pas sa patience. Ce garçon était intéressant d'audace et d'assurance. Sa main quitta la rambarde blanche, elle parcourut lentement la distance qui les séparait, parlant avec bienveillance.

« Rassurez-vous, je crois qu'il ne se laissera plus aller à ces amusements. Le seigneur de Treharne ne partage pas votre goût pour la provocation. » Elle se plaça aux côtés du diplomate, faisant face à la grande demeure. « Il ne vous aurait pas présenté le premier Tharrosien venu et tout habitant de l'Ouest n'aurait osé se présenter ici. Qui plus est, ajouta-elle avec une pointe d'orgueil, nous ne sommes pas tous à l'image de ceux qui nous dirigent ou nous représentent. »

Elle fit place au silence considérant l'agitation intérieure. Sa tante glissait son bras sous celui de son époux pour prendre part à la conversation avec Quintus Nutesh. Drôle de tableau. Dans son observation, elle se souvint du regard soucieux de son voisin entre deux sarcasmes.

« Je suis surprise que vous ayez si vite fuit les festivités. » Dit-elle avec douceur. Un léger sourire étira ses lèvres à l'idée du mot qu'elle emploierait. « Vous n'êtes pourtant pas le barbare de cette soirée. »

Abandonnant leur froideur habituelle, ses yeux bleus quittèrent le trio pour considérer le visage de Tibère. Petite, elle dut lever légèrement la tête. 


Tibère
Tibère
37
15/04/2020

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La nuit s'allume EmptyLun 27 Avr - 12:01






La nuit s'allume

Cette fois-ci, la réponse de la noble ne tarda pas. Elle s'était également retournée pour faire face à la réception. Sans doute avait-elle aussi remarqué que Quintus et l'époux de Treharne étaient en pleine discussion. Il se demandait si, de son côté, son comparse prodosien avait relevé qu'il s'entretenait avec Madelyne de Pylgrimm. Si ce n'était pas encore le cas, son aîné ne manquerait pas de s'en étonner. Tibère lui-même n'aurait pas cru qu'il aurait trouvé la compagnie de l'unique Tharrosienne présente plus intéressante que celle de tous ces Dexiens.

« Je suis surprise qu'il s'amuse à faire venir des diplomates prodosiens en ma présence. »

Amusement et calme. La riposte de la jeune femme lui fit légèrement écarquiller les yeux tant il ne s'attendait pas à cette verve non dénuée d'une certaine spontanéité. Son regard vint se poser brièvement sur le visage de Madelyne ; le rouge sanglant de ses prunelles se heurta à un bleu glacé teinté d'ironie. L'ombre d'un sourire rehaussait les traits fins et la peau pâle - d'une pâleur qui, probablement, aurait paru à Proodos maladive, mais qui était moins rare à Dexia et qui devait être courante à Tharros. Une pâleur qui, par ailleurs, ne manquait pas de distinction. C'était la pâleur de ceux qui ne travaillaient pas à l'extérieur, de ceux qui également ne connaissaient qu'un soleil discret et froid, bien différent de l'immense et brûlant astre impérial.

Dans un mouvement lent, elle se plaça à ses côtés. Son pas léger et altier accompagnait la versatile brise nocturne. Lui avait tourné la tête pour se concentrer de nouveau sur le spectacle de cette masse humaine. Il était troublé qu'elle se permette une telle promiscuité physique - oh, rien d'indécent puisqu'une distance raisonnable les séparait encore, mais on pouvait de toute évidence parler de proximité pour deux représentants de nations ennemies.

La femme du maître des lieux avait rejoint son mari et Quintus. Son collègue ne semblait pas avoir besoin d'aide. Il était de toute façon plus doué que son cadet en ce qui concernait les bavardages de circonstance. Il l'imaginait déjà s'excuser en son nom pour ses exclamations concernant la présence tharrosienne. Agaçant. Tibère ne s'abaisserait pas à cela.

« Rassurez-vous, je crois qu'il ne se laissera plus aller à ces amusements, reprenait-elle avec une agréable courtoisie. Le seigneur de Treharne ne partage pas votre goût pour la provocation. Il ne vous aurait pas présenté le premier Tharrosien venu et tout habitant de l'Ouest n'aurait osé se présenter ici. Qui plus est, nous ne sommes pas tous à l'image de ceux qui nous dirigent ou nous représentent. »

Son goût pour la provocation ? Un sourire féroce lui échappa au souvenir de la grandiloquente sortie de Nyr et de lui-même de cette luxueuse auberge. Elle ne croyait pas si bien dire. Quant à la petite pique sur laquelle elle avait conclu... Un reproche dénué d'amertume ou d'accusation. Ses prunelles pourpres prirent un éclat où se mêlaient arrogance et sarcasme. Oh ? Était-ce de la suffisance qu'il avait entendue dans sa voix ? Si elle n'appréciait pas pouvoir être comparée à son roi, c'était qu'elle ne portait pas celui-ci dans son cœur. Rien d'étonnant vu la continuelle stupidité dont il faisait preuve. Mais comment Tharros pouvait-il encore tenir debout si même certaines de ses plus anciennes familles ne faisaient front commun avec son dirigeant ? C'était là un mystère qui intriguait Tibère. En Proodos, c'était un mélange de crainte et de respect qui unissaient tant de peuples et de membres de la noblesse derrière l'impératrice Burkzavra. La crainte avait beau sûrement être de mise chez les Tharrosiens, qu'en était-il du respect ? Il ne pouvait croire que ce roi qu'on dépeignait comme un rustre impulsif et violent réussissait à inciter à une quelconque forme de déférence.

« Je suis surprise que vous ayez si vite fuit les festivités. Vous n'êtes pourtant pas le barbare de cette soirée. »

Voix étonnamment douce. Quand il se détourna de la réception pour dévisager Madelyne, il fut surpris de voir sur ses lèvres un sourire et dans ses yeux azurés un peu de chaleur. Elle devait lever la tête pour rendre au diplomate son regard ; mais il y avait de la fierté dans la posture de ce corps pourtant si frêle, de l'élégance dans le port de tête. Malgré sa jolie robe à l'innocente blancheur, malgré le bohème de sa coiffure à moitié tressée et à moitié laissée libre, il crut comprendre ce qu'elle avait voulu dire. Tout habitant de l'Ouest n'aurait osé se présenter ici. Oui, Madelyne de Pylgrimm n'était pas "tout habitant de l'Ouest". Sinon, cela signifiait que tout Tharrosien serait capable de lui tenir tête avec cette distinction, et ce n'était pas possible. N'étaient-ils pas des barbares, après tout ? Une lueur amusée dansa dans ses yeux à cette pensée.

« Je ne les ai pas fuies, répliqua-t-il avec son orgueil habituel. Seulement, ces bavardages futiles m'insupportent. »

Et puis les tracas qui empoisonnaient son esprit l'empêchaient de jouer pleinement cette mascarade que Quintus maîtrisait si bien. Ce constat le rendit un instant pensif alors que leurs regards demeuraient vissés l'un à l'autre. En tant que noble tharrosienne venue en ces lieux ennemis seule, elle devait en avoir, des préoccupations. Elle n'en laissait rien paraître. Lui ne se serait certainement pas embarrassé d'un tel calme et d'une telle politesse s'il venait à se retrouver en territoire adverse. Déjà que ce n'était pas son fort en territoire allié...

« Je ne suis certes pas le barbare de la soirée, mais j'ai l'impression que Quintus et moi-même nous approchons davantage de bêtes de cirque exotiques. Regardez-les. (Il désigna d'un geste méprisant du menton un groupe de Dexiens qui, comme eux, ne quittaient pas du regard Quintus Nutesh et les époux de Treharne.) S'ils ne se jettent pas sur Quintus comme des shyrs affamés sur un bout de viande, c'est uniquement grâce à la présence du seigneur de Treharne et de son épouse. »

Il fronça légèrement les sourcils de contrariété. Shyr. "Lion" en Notien. Le mot lui avait échappé mais il n'avait aucune idée de quelle en était la traduction en Alasyen. À vrai dire, il ignorait même si ces animaux existaient sur ce continent.

Il passa sous silence le fait que, pareillement, si les Dexiens ne se mettaient pas à voleter autour de lui comme des papillons autour d'une pierre lumière, c'était d'une part parce que la majorité d'entre eux ne le pensait pas déjà être dehors, et d'autre part parce que la proportion qui restait préférait éviter le moindre contact avec une originaire de Tharros.

« Quant à vous, je ne peux dire être étonné de vous voir déjà loin du cœur de la réception. »

Sourire amusé. L'hypocrisie de ces Dexiens ne pouvait la tromper. Il fallait être un véritable imbécile pour ne pas remarquer les regards qui, en début de soirée, étaient subrepticement glissés dans sa direction derrière les sourires de façade. Les Tharrosiens n'étaient pas les bienvenus ici. Tibère ne pouvait s'empêcher de trouver cela grotesque malgré son dédain pour les sujets du roi Areng. Auraient-ils été aussi distants envers Madelyne de Pylgrimm si l'Empire n'avait été là pour assurer les arrières de Dexia contre l'armée du royaume adverse ?

En tout cas, même si la décision des de Treharne était calculée selon les dires de Madelyne, il était évident que le choix qu'ils avaient fait était risqué. Non seulement pour leur réputation, mais aussi pour la sécurité de la demoiselle. Voyager de Tharros jusqu'à Emporos seule - ou presque puisqu'il devinait qu'elle avait été accompagnée de gardes et de serviteurs ? N'affecter personne à sa sécurité lors de la réception ? Étaient-ils si persuadés de la bonne tenue de tous leurs invités, alors même qu'ils accueillaient des représentants de cet Empire connu pour faire couler le sang dans son désir de conquête ?

Ses bras se croisèrent sur son torse alors que, soudainement, Tibère se détachait de la rambarde pour faire face à Madelyne, se penchant légèrement sur elle. Ses yeux se plissèrent, s'animèrent de nouveaux sentiments. Le rouge sang de ses prunelles flamboya. Scrutateur. Sauvage. Presque grave.

« Ne craignez-vous pas pour votre sécurité en ces lieux, Madelyne de Pylgrimm ? J'imagine pourtant que vous avez entendu toutes sortes de choses amusantes sur les citoyens de Proodos, sans parler de cette belle animosité avec Dexia. »

En toute honnêteté, la compagnie de la noble tharrosienne n'était pas désagréable et avait le mérite de sortir de l'ordinaire. À présent, il voulait savoir ce que le calme et la délicatesse apparents cachaient.

Madelyne l'ignorait probablement, mais Tibère venait de reconnaître sa présence comme n'étant pas indigne de respect et d'intérêt. Cela n'était que très peu arrivé depuis sa venue à Emporos. Si Quintus l'avait entendu, il n'aurait fait aucun doute qu'il se serait étouffé de surprise.

Shyr : "lion" en Notien

Codage par Libella sur Graphiorum


***

Warriors... Did you not understand? That all dreams must disappear when the dreamer wakes. Every last one of them.
Madelyne
Madelyne
14
17/04/2020

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La nuit s'allume EmptyMer 29 Avr - 15:21
LA NUIT S'ALLUME

Tibère tourna vers elle son visage pour lui répondre avec orgueil.

« Je ne les ai pas fuies. Seulement, ces bavardages futiles m'insupportent. »

Elle s'attendait à cette réponse. Si elle croyait en l'honnêteté apparente du diplomate, il n'était pas de ceux qui s'étendent en flatterie. Tibère Ur-Nungal s'était donc éclipsé des festivités par envie de calme... et il l'avait trouvée elle, Madelyne de Pylgrimm, seule tharrosienne de cette soirée. Amusante tournure du destin.

Tandis qu'elle plongeait son regard dans ses yeux rouges, elle s'interrogea sur la diplomatie du Prodosien. Voilà quelques minutes qu'il était en sa présence, la préférant à celle des hautes personnalités Dexiennes. Si cette contrariété satisfaisait son orgueil, elle savait qu'elle n'aidait pas les intérêts de Tibère. Cependant, sa fierté et son arrogance suffisaient à la convaincre : il connaissait les conséquences de ses actes, il ne laisserait personne les lui reprocher. À part son collègue et encore, elle doutait qu'il plie docilement l'échine. Elle s'amusait à imaginer Quintus Nutesh ramasser les miettes qu'avait laissées l'emportement de Tibère, se confondant en excuses que son cadet ne saurait prononcer. Elle ne devait pas être naïve. Malgré sa verve, il était doté d'un peu de délicatesse. Toute personne ne s'inventait pas diplomate, il était capable de manoeuvre et d'hypocrisie. Dans le cas contraire, il aurait simplement été soldat.

« Je ne suis certes pas le barbare de la soirée, reprit-il, mais j'ai l'impression que Quintus et moi-même nous approchons davantage de bêtes de cirque exotiques. Regardez-les. »

Madelyne quitta sa réflexion pour s'intéresser au groupe de Dexiens que lui indiqua Tibère d'un mouvement de tête. Proches de ses parents et de Quintus Nutesh, elle fut surprise de voir briller dans leurs yeux lointains la même animosité dont ils l'avaient gratifiée. Ils étaient les hôtes, il était un représentant d'un pays allié. Tibère continuait.

« S'ils ne se jettent pas sur Quintus comme des shyrs affamés sur un bout de viande, c'est uniquement grâce à la présence du seigneur de Treharne et de son épouse. »

Shyr ? Naturellement, ce mot n'était pas de l'Alasyen. Son sens littéral lui échappait, mais elle en saisit l'image. Ses yeux s'ouvrirent sur un nouveau spectacle. Des bêtes de cirque. Evidemment, comment avait-elle pu ne pas le voir. Et pourtant... Ces diplomates n'avaient-ils pas été conviés ? N'étaient-ils pas leurs nouveaux alliés commerciaux et bientôt guerriers ?

L'amertume la gagna, ses yeux reprirent leur froideur teintée maintenant d'un mépris. Ces Dexiens ne reculaient devant aucune bassesse.  Si Tharros connaissait des temps sombres dans sa politique, l'hypocrisie diplomatique leur était au moins étrangère. L'absurdité de leur comportement lui nouait la gorge. S'ils devaient tourner le dos à leurs anciennes allégeances qu'ils s'unissent pleinement aux nouvelles. L'idée de perdre face à une telle mascarade était insupportable.

« Quant à vous, je ne peux dire être étonné de vous voir déjà loin du cœur de la réception. »

Effectivement. La réflexion de Tibère lui rappela ses résolutions premières. Elle n'avait souhaité ni fuir si rapidement, ni s'absenter si longuement. Mais l'observation du diplomate fit envoler ce remord. À quoi bon? S'ils souriaient à Quintus Nutesh, un représentant de l'Empire sur lequel ils s'appuyaient pour la mépriser, ils ne changeraient jamais de sentiment devant sa courtoisie. Ils souhaitaient la haïr, ils souhaitaient voir en elle la barbare qu'avait dépeint Tibère. La vanité de la situation la frappa. Ils ne laisseraient pas sa présence pacifique remettre en cause leurs volontés belliqueuses. Elle était la représentante des barbares de leurs histoires, comme les diplomates représentaient la violence qu'ils nécessitaient aujourd'hui. À la réflexion, que pouvait bien trouver l'Empire à Dexia pour s'engager dans leur affaires guerrières ?

Soudain, la vue de l'intérieur lui fut cachée. Elle ne put empêcher un mouvement de surprise, reculant jusqu'à la rambarde. Elle leva les yeux à cet instant, plongea dans un rouge sombre, sauvage. Tibère s'était penché face à elle, les bras croisés sur son torse. Son mouvement et ses propos tranchèrent avec la tranquillité qu'elle lui avait opposée. L'inconvenance de son geste s'effaçait devant la menace imminente.

« Ne craignez-vous pas pour votre sécurité en ces lieux, Madelyne de Pylgrimm ? J'imagine pourtant que vous avez entendu toutes sortes de choses amusantes sur les citoyens de Proodos, sans parler de cette belle animosité avec Dexia. »


Les propos de Tibère l'étonnèrent autant que sa posture. Que voulait-il ? La menacer insidieusement ou s'amuser de sa crainte ? Il lui posait une question des plus rhétoriques. Elle se reprit ; froide et sévère, elle soutint son regard sauvage, réfléchissant à son sarcasme. S'il souhaitait l'apeurer ou la révolter, il arrivait trop tard. Elle avait failli une fois à son calme, elle ne serait plus aveuglée. Son corps était imposant, mais elle était soeur de deux frères, elle était habituée à ces intimidations physiques. Hormis les membres de sa famille, rares étaient les personnes qui osaient l'intimider en parole et en geste, d'un geste inquiétant d'être calculé et assuré. D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, la majorité de ses interlocuteurs lui avaient opposé cris et hystérie, se décomposant devant son silence ou sa froideur, se brisant contre une glace inébranlable. Elle n'avait jamais eu besoin de pousser l'audace jusqu'à l'insolence.

Mais Tibère Ur-Nungal brûlait d'un feu qu'elle ne parvenait à éteindre, un feu maîtrisé. Devant-elle, il gardait la grandeur propre à leur sang. Le silence s'imposa tandis qu'elle le fixait de ses yeux froids. Des choses amusantes sur son peuple, elle en avait entendu. On l'avait mise en garde contre leur cruauté, leur facilité à combattre à la moindre contrariété. Mais d'autres ne l'avait-elle pas dépeinte comme une barbare ? La pensait-il à ce point sotte pour croire aveuglément en ces choses amusantes.

« Évidemment, avoua-t-elle d'un ton sévère. Mais selon vous, ces craintes et ces rumeurs devraient me retenir ? Sans parler de la lâcheté dont je ferais preuve, il aurait été dommage que personne ne se présente pour contrarier vos préjugés. Elle marqua un silence avant de reprendre d'une voix neutre. D'autant que vous êtes plutôt doux pour une bête sanguinaire dont on m'avait conté la brutalité et la fureur. »

Au-delà de la possible insulte, sa dernière phrase était sincère. Malgré ses provocations, Tibère ne ressemblait en rien à une bête de cirque ou un monstre cruel. Madelyne le contourna d'un pas altier souhaitant se dégager de la sphère d'insécurité qu'il avait créé pour elle. Elle ne savait si elle avait peur à l'instant. Trop persuadée de sa position, elle ne pouvait imaginer qu'on puisse un instant lever la main sur elle. Même ce diplomate, elle ne l'en pensait pas capable. Malgré son arrogance, le port ostensible de son armure et sa violence faiblement dissimulée, elle le savait trop fier pour se satisfaire d'une victoire physique sur une jeune noble. Elle n'était pas un adversaire à sa taille, elle ne s'en vexerait pas.

Elle ne bougea que de quelques centimètres avant de s'arrêter, sévère. Presque à sa hauteur, elle put à nouveau apercevoir le tableau de la réception. Certains Dexiens les regardaient pressés de voir les deux fauves s'entretuer dans l'arène. Son oncle, sa tante et Quintus Nutesh les regardaient. Ils s'inquiétaient, c'était certain. Mais s'avancer vers eux reviendrait à confirmer qu'affrontement il y avait. Cette observation agaça Madelyne. Ce soir, elle préférait sincèrement la compagnie de Tibère à toutes les avances ou injures de ces imitations de nobles. Pourtant, tous étaient certains de la fin de l'entrevue : une fin sanglante ou le retour à l'ignorance. Ils se presseraient autour d'eux, avides de connaître les ressorts d'une discussion entre deux ennemis. Toisant ce monde d'un regard froid, l'esprit empli de mépris, elle s'adressa à Tibère d'une voix lointaine.

« Ainsi, nous repartirions satisfaits. Je pourrais assurer que les loups prodosiens ne sont en réalité que des agneaux et vous pourrez vous vanter d'avoir connu une barbare plus divertissante qu'à l'attendu. Elle se tut, quittant le triste paysage pour soutenir le regard du diplomate, affermissant sa voix. Cette conclusion vous convient-elle, Tibère Ur-Nungal ? Moi, je la trouve tristement banale, tout juste bonne à plaire à un Dexien. » 

Ses yeux bleus étaient glacials. À vrai dire, elle ne savait qu'elle autre fin envisager, mais la vanité de la situation lui déplaisait. Il avait daigné lui parler ; elle avait répondu. À tout autre, elle aurait opposé un silence avant de prendre congé. Elle avait rarement connu adversité si honnête. S'il la jugeait aussi digne d'intérêt qu'elle lui en prêtait, il répondrait. Dans le cas inverse, l'histoire reprendrait simplement son cours.


Tibère
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37
15/04/2020

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La nuit s'allume

Le mouvement de recul de Madelyne ne lui échappa pas. Désormais, elle se retrouvait adossée à la rambarde, et il crut discerner sur son expression une surprise momentanée. Elle reprit toutefois vite cette sévérité qu'il devinait coutumière chez elle, et elle répondit fièrement à son regard. Orgueil contre orgueil. L'un était brûlant, vif, violent ; l'autre était glacé, inflexible, austère. Tibère n'aurait pas cru trouver en cette jeune Tharrosienne une adversaire à sa hauteur. Le duel, à la fois silencieux et âpre, ne dura qu'une poignée de secondes. Et ce fut finalement la voix impassible de Madelyne qui y mit fin.

« Évidemment. Mais selon vous, ces craintes et ces rumeurs devraient me retenir ? Sans parler de la lâcheté dont je ferais preuve, il aurait été dommage que personne ne se présente pour contrarier vos préjugés. »

La verve de la demoiselle ne cessait de l'étonner. Il se contenta d'un sourire en coin comme seule réaction. Effectivement, elle ne paraissait pas être du genre à fuir malgré le danger. Elle ne serait pas en Dexia sinon. Quant aux rumeurs... Eh bien, pour le coup, il aurait pensé qu'elle y accorderait une certaine attention. Si toutefois elle méprisait autant les Dexiens que lui ne méprisait les Tharrosiens, alors elle n'avait peut-être que faire de leur avis, et que faire également de l'étiquette et de la bienséance. Car il n'était assurément pas correct pour une jeune femme de s'absenter si longuement, en la compagnie d'un homme seul et ennemi de surcroît.

Malgré tout, son regard s'assombrit imperceptiblement. Elle avait donc bel et bien entendu des racontars stupides à propos des citoyens de l'Empire. Il s'en doutait mais cette confirmation lui déplaisait tout de même. Il savait que de par la démarche guerrière de leurs différentes conquêtes, de par la terrible efficacité de leur armée, on les voyait comme des individus ne sachant qu'utiliser la violence pour arriver à leurs fins. Foutaises. Si cela avait été le cas, ils auraient marché sur l'Alasya depuis belle lurette. Ils avaient certes un sang possiblement plus chaud que celui de ce continent septentrional ; il n'en demeurait pas moins qu'ils possédaient eux aussi des figures capables de la plus froide et la plus calculée manipulation. Tibère n'était pas particulièrement doué en ces choses-là. Mais c'était différent concernant l'impératrice, et concernant le second prince également.

Quant à ses préjugés, comme le disait si bien Madelyne de Pylgrimm... Un unique contre-exemple aurait bien du mal à réduire à néant toutes ses convictions. Mais il était vrai qu'avoir déjà ne serait-ce qu'une contradiction à ses certitudes était embêtant. Il avait pris trop de décisions se construisant sur le postulat que les Tharrosiens valaient à peine mieux que leur roi.

« D'autant que vous êtes plutôt doux pour une bête sanguinaire dont on m'avait conté la brutalité et la fureur. »

Le silence qui répondit à la jeune femme n'avait cette fois-ci rien de calculé. Tibère cligna des yeux, se demandant s'il avait mal entendu ce qu'elle venait de dire. Madelyne profita de son trouble pour établir de nouveau une distance raisonnable avec lui, menton fièrement levé. Doux... ? C'était probablement la première fois de son entière existence qu'on osait associer son nom à cet adjectif. Un Ur-Nungal, doux ? Lui, Tibère, doux ? Que diable racontait-elle ? Il était tellement estomaqué qu'il ne releva pas la description qu'elle faisait des Prodosiens - des bêtes sanguinaires ? vraiment ? - et, dans un geste mécanique, il se redressa. À vrai dire, il aurait préféré qu'elle le traite d'être brutal et furieux. Dans sa tête, douceur ne pouvait qu'être associée à la faiblesse. Quintus Nutesh était doux. Tibère Ur-Nungal ne l'était pas.

Il ouvrit la bouche, prêt à prononcer d'une voix vibrante de colère sa pensée mais, encore une fois, elle le prit de vitesse. Sa voix distante capta son attention.

« Ainsi, nous repartirions satisfaits. Je pourrais assurer que les loups prodosiens ne sont en réalité que des agneaux et vous pourrez vous vanter d'avoir connu une barbare plus divertissante qu'à l'attendu. Cette conclusion vous convient-elle, Tibère Ur-Nungal ? Moi, je la trouve tristement banale, tout juste bonne à plaire à un Dexien. »

Elle avait planté son regard dans celui du diplomate avec une telle force que celui-ci se figea. Tristement banale. Effectivement, insipide conclusion pour une rencontre aussi intéressante que celle-ci. Tout juste bonne à plaire à un Dexien. Fâcheux. Si Tibère tolérait marchander avec eux, il n'avait pas envie de leur faire d'honneurs supplémentaires. Pour l'instant, il n'arrivait à les voir autrement que comme des voisins trop faibles pour se défendre sans l'aide impériale.

Il coupa brièvement le contact visuel avec la noble pour glisser une œillade vers la réception. Ils étaient la proie des regards d'une poignée de Dexiens, des seigneurs de Treharne et de Quintus. Ses traits se durcirent à cette vision. Quoi ? Les amusaient-ils ? Ou ces abrutis le pensaient-ils prêt à lever la main sur elle ? Quintus parut sentir la flamboyante colère de son collègue et il détourna la tête d'un air embarrassé. Un sourire dénué de joie souleva les commissures de ses lèvres. Ce bon vieux Quintus... Toujours à ne vouloir vexer personne.

« En effet, conclusion suffisamment ennuyeuse pour plaire à ces Dexiens, lâcha-t-il d'une voix agrémentée d'une pointe de mépris, alors que son regard pourpre furieux demeurait rivé sur la réception. Et loin de moi l'envie de satisfaire ces manants. »

Son regard revint sur son interlocutrice, la jaugeant silencieusement. Quel dommage qu'elle soit tharrosienne. Aurait-elle été prodosienne qu'il aurait pu sincèrement l'apprécier. Aurait-elle été prodosienne qu'elle ne se serait pas retrouvée du camp des futurs perdants de la guerre qui grondait...

Cette pensée lui arracha un grognement et, fermant momentanément les yeux pour lutter contre un début de mal de crâne qui se profilait aussi certainement que la guerre, sa main vint pincer l'arête de son nez dans un geste agacé. Il avait déjà assez de soucis pour ne pas en plus s'en ajouter de nouveaux sur les bras. Dans un mouvement impérieux, il pivota pour faire face au jardin, son regard rouge fouillant l'obscurité. Quel imbécile il faisait. Penser à la guerre dans un moment pareil - cette même guerre qui, entre autres sentiments violents et complexes, éveillait en lui une sauvage exaltation...

Il se saisit subitement de la coupe de vin qui reposait sur la rambarde et la finit d'une traite, la reposant avec une certaine brutalité. Une chaleur bienvenue se propageait dans son corps. Il sourit d'abord au jardin puis, après avoir tourné la tête, à Madelyne - d'un sourire empli d'orgueil et de défi.

« Nous n'allons certes pas offrir une conclusion aussi triviale à tout ce beau monde, n'est-ce pas ? »

Ses prunelles se firent songeuses et son rictus s'empreignit de férocité - voire de cruauté, auraient dit les plus mauvaises langues. Après un court silence, il poursuivit d'une voix atone :

« Détrompez-vous, toutefois. Je suis autant doux que vous êtes barbare, c'est-à-dire assez peu. (Légère inflexion ironique qui mourut vite.) Si le besoin se présente, je dirigerai des troupes pour marcher sur Tharros sans le moindre regret. Voyez-vous, les Ur-Nungal sont des militaires avant d'être des nobles ou des diplomates. »

Hum. Probablement que ses propos, s'ils étaient écoutés par une mauvaise oreille, pouvaient passer pour une déclaration de guerre. Il avait cru néanmoins deviner dans le regard glacé qui lui faisait face une intelligence et une maturité telles qu'il pensait que Madelyne ne sauterait pas aux conclusions hâtives. Elle lui avait parlé avec une honnêteté plus grande que celle que l'ensemble des Dexiens présents semblait capable de témoigner. Il n'était que normal qu'il agisse de même.

Il redirigea son attention sur le paysage particulier qu'était Emporos de nuit.

« J'admets que vous n'êtes pas indigne d'intérêt. Mais je dois aussi vous avouer que votre existence est de celles que j'aurai préféré ignorer. (Voix teintée de lassitude.) Oh, ne vous méprenez pas, votre compagnie n'est pas désagréable, et il est absurde de parler de morale en guerre ou même en telle situation de conflit. Néanmoins... »

Il laissa sa phrase en suspens. Sourcils froncés, il observait toujours le jardin. Tibère ne savait plus vraiment s'il parlait pour Madelyne de Pylgrimm ou pour lui-même. En tout cas, il se mettait à proférer des propos incohérents. Mieux valait peut-être qu'il se taise.

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***

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Madelyne
Madelyne
14
17/04/2020

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La nuit s'allume EmptySam 2 Mai - 11:34
La nuit s'allume

Tibère s’était redressé, la regardant droit, figé. Toute sauvagerie avait quitté ses yeux et son visage. La lumière se perdait sur ses traits. Il n’irait pas plus loin dans sa provocation. À son grand agacement, cette conviction allégea le coeur de Madelyne. Elle s’était inquiétée. Évidemment. Tout instinct pousse à s’inquiéter devant telle différence de gabarit. Le diplomate tourna son attention vers le monde qu’elle avait plus tôt surpris. À en croire la dureté qui s’inscrivit sur son visage, il constatait l’intérêt qu’on leur portait. La fureur de ses yeux trancha avec le sourire sans joie que dessinèrent ses lèvres. La jeune noble tourna un instant la tête. Elle ne sait s’il l’adressait à quelqu’un, son collègue sûrement. Elle surprit le regard interrogateur de sa tante, hocha légèrement la tête. Tout allait bien.

« En effet, conclusion suffisamment ennuyeuse pour plaire à ces Dexiens. Et loin de moi l'envie de satisfaire ces manants. »

Sa voix était teintée de mépris. Elle le considéra à nouveau. La fureur n’avait pas quitté son regard. Manants. Bien qu’elle n’ait pas de grande affection pour ses voisins du Sud, le mot était insultant. Elle comprenait l’amertume du diplomate, elle allait dans son sens, pourtant la déception la piquait. L’ennemi de Tharros si féroce était si creux.

La réponse de Tibère la conforta cependant. Elle ne baignerait pas encore dans l’animosité dexienne. Elle se moqua de sa faiblesse. Elle, s’échapper de la présence de ses cousins auprès d’un Prodosien, quelle ironie. Se satisfaire de sa réponse, elle qui voulait être surprise. Le grognement et la mimique du diplomate, se pinçant l’arrête du nez, semblèrent confirmer ses sentiments. Elle s’en amusa. Cette agréable absurdité ne devait pas lui plaire : partager entre l’ennemi et l’arène dexienne, le choix devrait être simple à ses yeux. Tandis que Tibère se retournait, elle ne put s’empêcher de penser que dans un autre lieu, un autre contexte, elle l’aurait apprécié pour sa franchise et sa répartie contenues dans la distinction de leur rang. Elle effaça cette réflexion inutile. Trouver un peu de dignité dans un ennemi n'était pas si désagréable.

Agacé il l’était. Il avait des difficultés à rester de marbre. Saisissant brusquement son verre, Tibère le but et le reposa sans plus de douceur. Cette vision rappela à Madelyne la soif et la chaleur des murs qui peu à peu la quittait. Le temps plus doux restait celui du Repos. Après s’être intéressé à la nuit, le jeune diplomate lui adressa un sourire orgueilleux.

« Nous n'allons certes pas offrir une conclusion aussi triviale à tout ce beau monde, n'est-ce pas ? »

Les lèvres de la jeune noble s’étirèrent dans un même orgueil, malicieuses. Au moins sur ce point étaient-ils d’accord. Son éphémère empathie pour les Dexiens s’envola suivi de près par son sourire. Les yeux de Tibère semblaient se perdent tandis que ses commissures dessinaient un rictus féroce. Cercle infini, la méfiance la gagna. Elle était intriguée devant sa verve infatigable, mais elle montrait rarement son amusement. Son visage à nouveau sévère, elle attendit peu de temps que le jeune homme dévoile ses propos.

« Détrompez-vous, toutefois. Je suis autant doux que vous êtes barbare, c'est-à-dire assez peu. »

Sa voix neutre couvait une légère ironie. Heureuse de son habitude à la froideur, elle retient un sourire de satisfaction. La douceur qu’elle lui avait attribuée ne lui avait pas plu. Chose agréable à retenir. Une seconde fois il lui retirait la barbarie. Elle fut piquée d’une pointe d’orgueil :  elle le savait, elle était loin d’être une sauvage.

« Si le besoin se présente, continua-t-il abandonnant la note ironique, je dirigerai des troupes pour marcher sur Tharros sans le moindre regret. Voyez-vous, les Ur-Nungal sont des militaires avant d'être des nobles ou des diplomates. »

Madelyne ne s’offusqua pas de sa déclaration. Il était honnête de le préciser, mais elle n’était pas vaniteuse au point de penser changer les sentiments de Tibère en une rencontre. Qu’il lui retire son titre de barbare était déjà une grande victoire. La jeune noble en était consciente : la parenthèse de cette soirée refermée tout reviendrait certes à la normale, mais surtout à la guerre. Cependant, si la crainte était permise, elle n’était pas aussi certaine que Proodos marche sur ses terres avec tant de facilité. Le jeune homme prenait donc l’anéantissement de son pays comme une banalité. L’Empire avait une confiance inouïe en sa force.

Une famille de militaires. Elle comprit son offense. La guerre coulait dans ses veines comme la paix dans les siens. Si combat il y avait, ses frères devraient donc combattre des représentants de la famille de Ur-Nungal. L’idée de cet affrontement la heurta un instant, rendant plus réel la violence de combats qu’elle ne connaîtrait jamais. Cette image appuya les dires de Tibère : s’il devait s’opposer à l’un des siens, elle ne serait pas triste de sa mort. Ses yeux se refroidir. Si, à partir d’aujourd’hui, elle serait peinée d’apprendre sa disparition, mais la peine peut être relative.

« J'admets que vous n'êtes pas indigne d'intérêt. La voix lasse du diplomate la retira de ses songes. Il avait tourné son visage vers le jardin. Mais je dois aussi vous avouer que votre existence est de celles que j'aurai préféré ignorer. Oh, ne vous méprenez pas, votre compagnie n'est pas désagréable, et il est absurde de parler de morale en guerre ou même en telle situation de conflit. Néanmoins... »

La négation et l’art du compliment se mêlait à la perfection dans les propos de Tibère. Son esprit avait soif de contrariété. Être jugée intéressante la toucha avec ironie, comme sa civilité, elle n’en avait jamais douté. Elle soupira imperceptiblement, en effet, leur échange n’était pas désagréable. Elle tourna le dos à la réception pour venir aux côtés du diplomate, le vin semblait l’avoir adouci. Au point de le faire revenir sur sa volonté d'envahir ses terres? Elle sourit, elle n'y comptait pas.

Madelyne comprit sa lassitude. Ils auraient pu continuer tranquillement à ignorer la dignité de l’autre, leurs convictions seraient demeurées intactes. La jeune noble savait que son inflexion ne changerait pas le cours de l’histoire. En revanche, que Tibère Ur-Nungal, diplomate de l’Empire, s’exposa au doute emportait des conséquences. Sa croisade contre les barbares de l’Ouest se révélait non pas fausse, mais biaisée. Madelyne entendit un instant les murmures à ses oreilles. Elle se trouvait en face d’un ennemi en proie à un infime doute. Elle pourrait s’amuser à les creuser, mais elle respectait son interlocuteur pour son honnêteté. Elle était touchée qu'il exprime ainsi son sentiment.

Elle ne s’engagea pas à reprendre la phrase du diplomate, ses conclusions lui appartenaient. Elle lui répondit avec une douceur froide, le regard plein de la noirceur du jardin.

« Votre résolution à marcher sur mes terres sans regret reviendra aussitôt que vous aurez rejoint votre collègue, même si l’ignorance ne garantit plus la moralité de votre engagement. »

Cette réponse n’était pas un reproche, mais une simple constatation voire l'aveu d'une compréhension. Elle ne s'inquiétait pas réellement des convictions du diplomate. Leur rencontre n’entacherait ni la vigueur du diplomate ni la réversion de la jeune noble contre un probable envahisseur.

Elle fut étonnée que cette complexité ne soit pas parvenue plus tôt à Tibère. Après tout, les Dexiens avaient du peindre une belle image de leurs cousins. En réalité, son peuple s’était engagé dans une guerre extérieure, d’un continent dont il ne partageait ni l’histoire ni la culture. Les seuls liens qu’ils y trouvaient étaient le commerce avec les habitants du Sud. Madelyne se tourna un instant vers le jeune diplomate. Fier, doré de peau et d’ornements, ils avaient beau partager estime et rang, un monde les séparaient. Il s’était lancé dans un inconnu qu’il ne semblait pas parfaitement maîtriser malgré ses ambitions et sa confiance.  

Madelyne reprit d’une voix calme et sévère, le visage toujours tourné vers la nuit.

« Vous devriez vous habituer à ce sentiment. Vous entrez dans un conflit qui ne vous concerne pas. Dexia et Tharros sont deux soeurs ayant grandi différemment, mais leurs liens restent profonds. Proodos est l’amant dont l’une s’assure la fidélité en peignant de l'autre un horrible portrait. Madelyne lança un regard espiègle au jeune diplomate.Et cet amant s'étonne un jour de la beauté de la jumelle. Elle marqua un silence, revêtant sa froideur elle termina d'une voix plus lointaine.Mais comme dans toute dispute familiale, si les deux soeurs se réconcilient, l’amant sera rejeté avec plus de vigueur qu’il n’a été séduit. »

Les mots coulaient entre ses lèvres. Rarement exposait-elle ses réflexions. Elle se demandait ce qu’elle cherchait. Lui offrir un point de vue tharrosien? Certainement pas à le convaincre, non plus à l’intimider. Mais Madelyne pensait Tibère assez censé pour comprendre la sincérité son discours. Elle rit en elle-même de sa comparaison. Peut-être ne parlerait-elle pas à un diplomate militaire prodosien. Elle était trop douce.

Elle était debout, droite contre la lumière lunaire et minérale. Laissant un cours silence, elle reposa ses mains sur la rambarde blanche, la pierre avait refroidi. La fraîcheur s’accrocha à ses paumes, remonta ses bras, parcouru ses épaules jusque dans son cou. Elle retint un frisson.

« Ne voyez aucune menace dans mes propos, ajouta-elle doucement après un silence, la réconciliation entre nos deux États semble impossible. Cependant, si guerre il y a, elle ne sera pas sainte, mais sera une déchirure. Vainqueur ou perdant, vous pourriez payer un prix imprévu. »

Elle accorda un sourire triste à la nuit, moqueur envers sa pensée : leur rencontre n'adoucirait pas la plaie. Elle qui avait souhaité une vie sereine, elle était des plus douées pour se la compliquer. Le visage de sa soeur lui apparut, suivi de ceux de ses frères et de ses parents. Non, pour elle les choses étaient exceptionnellement simples.


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15/04/2020

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La nuit s'allume

Un léger soupir dont il ne réussit pas à deviner le sentiment parvint à ses oreilles. Elle le rejoignit dans sa contemplation minutieuse du jardin, silhouette svelte dont la blancheur de la robe lui donnait un air presque éthéré. Du coin de l’œil, il observa ses réactions. Un sourire mesuré qui adoucit la sévérité de ses traits. Un regard impénétrable qui ne se détournait pas de la noirceur de la nuit dexienne. Elle dégageait une indubitable délicatesse, mais cette délicatesse n'était pas dénuée de force. Maintenant qu'il lui prêtait son attention, c'était un constat dont il ne pouvait qu'admettre la véracité. Il demeura silencieux, attentif, quand elle reprit la parole.

« Votre résolution à marcher sur mes terres sans regret reviendra aussitôt que vous aurez rejoint votre collègue, même si l’ignorance ne garantit plus la moralité de votre engagement. »

Cette remarque souleva imperceptiblement les commissures de ses lèvres. Il n'allait pas la contredire. Néanmoins, il savait pertinemment que cela faisait déjà un certain temps qu'il n'était plus question de moralité dans son engagement. Il avait déjà employé des mercenaires pour faire taire ceux qui le gênaient, tout comme il lui était arrivé de mettre lui-même la main à la pâte. Oh, il ne le faisait pas de gaieté de cœur, mais ces moyens étaient souvent les meilleurs pour se garantir la plus grande efficacité. Rien d'anormal pour des nobles, rien d'anormal non plus pour des militaires. Cette pensée, néanmoins, lui arracha quelques interrogations. Madelyne avait-elle eu recours par le passé à des actions similaires aux siennes ? Difficile à dire, mais si elle n'était pas destinée à prendre la tête de sa famille, alors il était possible que ce ne soit pas le cas. Si de plus les de Pylgrimm étaient aussi peu impliqués dans la politique qu'on semblait le croire, alors cela devenait même probable.

« Vous devriez vous habituer à ce sentiment, reprit-elle de sa voix impassible. Vous entrez dans un conflit qui ne vous concerne pas. Dexia et Tharros sont deux sœurs ayant grandi différemment, mais leurs liens restent profonds. Proodos est l’amant dont l’une s’assure la fidélité en peignant de l'autre un horrible portrait. Et cet amant s'étonne un jour de la beauté de la jumelle. »

Oh ? Les trois pays étaient réduits à un misérable triangle amoureux. L'espièglerie qui étincelait au fond des prunelles glacées de son interlocutrice ne lui échappa pas et un rictus amusé se forma sur ses lèvres. L'idée était originale. Il se sentit évidemment piqué dans son amour propre lorsqu'elle signala clairement que l'Empire se mêlait d'affaires qui n'étaient pas les siennes. À ses yeux, l'influence de Proodos était telle que ses intérêts dépassaient largement les limites de son territoire, pourtant immense. Mais il était logique pour une Tharrosienne de voir les choses différemment.

« Mais comme dans toute dispute familiale, si les deux sœurs se réconcilient, l’amant sera rejeté avec plus de vigueur qu’il n’a été séduit. »

La chaleur qui avait momentanément gagné les traits et le ton de la demoiselle s'évanouit, en même temps que s'effaçait l'amusement de l'expression du diplomate. Cette petite métaphore avait probablement un fond de vérité, mais Proodos n'était pas de ceux que l'on pouvait éconduire aisément. S'attirer les foudres impériales était un choix terriblement peu stratégique. Madelyne ne se rendait sûrement pas compte que si de nombreux pays étaient déjà tombés sous les coups de la nation méridionale, ce n'était pas pour rien ; et Tibère ne voyait pas comment Tharros pouvait faire exception à la règle, sauf si le roi Areng cachait un atout dans sa manche. Oh, il y avait bien certains points qui faisaient que l'Alasya était un cas inédit sur le tableau des conquêtes prodosiennes. La magie était, aux yeux du jeune diplomate, la plus grande inconnue de l'équation, puisque l'Empire n'y avait été que très peu confronté. S'ajoutait aussi désormais l'indésirable présence en ces terres du Magistrat, dont l'imprudence ne pouvait qu'attirer son étonnement et sa méfiance. Mais aucune des armées de ce continent, cependant, ne lui faisait peur.

« Ne voyez aucune menace dans mes propos, la réconciliation entre nos deux États semble impossible. Cependant, si guerre il y a, elle ne sera pas sainte, mais sera une déchirure. Vainqueur ou perdant, vous pourriez payer un prix imprévu. »

Difficile pourtant de ne pas trouver à ce discours un petit air de menace. Tibère ne s'en formalisa pas. D'une part, il était agréablement surpris d'avoir enfin droit à des mots ayant le mérite d'être honnêtes, et d'autre part, il n'était pas de ceux qu'une simple menace pouvait impressionner. Son regard se perdit dans le vague, ayant néanmoins le temps de noter le sourire mi-amer, mi-moqueur que Madelyne parut adresser à la nuit.

« Si Sa Majesté impériale y trouve son intérêt, alors il n'est pas de conflits qui ne concernent pas Proodos. Contrairement à Tharros, nous avons une dirigeante digne de notre confiance. »

Un rictus railleur apparut sur ses lèvres en songeant à ce fameux roi Areng à propos duquel on entendait tant d'histoires ; mais son visage, du reste, avait pris un air grave. Oui, la confiance qu'il plaçait en l'impératrice Burkzavra était réelle. Il ne faisait pourtant pas preuve envers elle d'une obéissance aveugle car il savait pertinemment que lui-même accordait davantage de valeur à sa propre vie qu'à celle de quiconque et que tous les Prodosiens étaient pour elle semblables à des pions sur un immense échiquier, mais au moins avait-elle le mérite de les déplacer de façon sensée.

Puis il réfléchit à l'amusante métaphore choisie par Madelyne. Un petit rire lui échappa.

« Triste famille que celle qui se déchire si aisément. Ses liens ne devaient pas être très solides pour que l'arrivée d'un amant venu d'au-delà les mers suffise à tourner deux sœurs l'une contre l'autre. »

Il se redressa, posant brièvement son regard flamboyant sur son interlocutrice. Il lui retourna le sourire espiègle qu'elle lui avait lancé quelques instants plus tôt, l'agrémentant d'une orgueilleuse défiance.

« De plus, Proodos n'est pas un amant qu'il est bon d'éconduire. Mais comme les vôtres, mes propos ne recèlent d'aucune menace. »

Quant à la guerre... C'était un sujet sérieux et grave, mais Tibère ne pouvait pas dire redouter sa venue. Il s'y était préparé dès l'instant où il avait appris qu'il se rendrait sur le continent alasyen.

« Il est évident qu'aucune guerre n'est sainte, et celle-ci ne fera pas exception à la règle, lâcha-t-il d'une voix tranquille, comme si ce n'était qu'un simple constat. Mais il existe des déchirures saines. L'Empire considère que ces luttes fratricides et sournoises n'ont pas lieu d'être, et est prêt à se salir les mains pour y mettre fin. Nous défendrons Dexia puisqu'il n'est pas dans nos coutumes d'abandonner nos alliés. »

Bon, à vrai dire, il n'était absolument pas en droit de parler au nom de l'Empire puisque seuls l'impératrice et le second prince en étaient actuellement capables, mais c'était ainsi que lui avait interprété la volonté prodosienne. Même si évidemment, Proodos avait également ses propres intérêts dans cette histoire... bien que Tibère ait du mal à comprendre ce que pouvait gagner l'Empire dans cette guerre. Mais bon, maintenant qu'il avait eu vent d'une possible aide entre le Magistrat et Tharros, il ne pouvait que vouloir combattre ce royaume voisin. Ceux qui faisaient ne serait-ce qu'envisager une entente avec le Magistrat devenaient à ses yeux irrémédiablement des ennemis.

« Je croyais que les Tharrosiens étaient insensibles au froid mais je me suis visiblement trompé, remarqua-t-il, sourire en coin. Souhaitez-vous retourner à l'intérieur ? »

Il était vrai que le temps se rafraîchissait. Normalement, il aurait eu froid, mais le vin lui réchauffait suffisamment la peau pour ne pas qu'il ait à s'en préoccuper.

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La nuit s'allume EmptyDim 10 Mai - 11:55
LA NUIT S'ALLUME

« Si Sa Majesté impériale y trouve son intérêt, alors il n'est pas de conflits qui ne concernent pas Proodos. Contrairement à Tharros, nous avons une dirigeante digne de notre confiance. »

La réponse de Tibère arracha Madelyne de sa contemplation nocturne. Elle le considéra avec dureté, sans laisser paraître l’accueil amusé de cette réponse. Sur ce point, elle ne pouvait pas le contredire. Proodos était bien plus uni que Tharros, du moins en surface. L’excès de fidélité et de confiance du jeune homme ne l’étonna qu’à moitié. Après tout, il était diplomate. Après tout, elle aurait peut-être parlé ainsi sous un autre monarque.

Un rire bref lui échappa. Malgré la primeur de leur rencontre, elle avait compris qu’un rire de Tibère n’annonçait autre chose que répartie cinglante. Elle continuait de regarder son visage arrogant, ses pupilles animées d’une flamme rouge.

« Triste famille que celle qui se déchire si aisément. Ses liens ne devaient pas être très solides pour que l'arrivée d'un amant venu d'au-delà les mers suffise à tourner deux sœurs l'une contre l'autre." 

Un sourire d’une espiègle défiance accompagna ses propos. Elle se retint de le reprendre, de lui raconter l’Histoire. Il la connaissait et s’en accommodait. Ce n’était pas l’arrivée de l’amant qui avait séparé les deux soeurs, mais une incompréhension plus profonde, une rage plus sourde. Proodos avait seulement su se présenter au bon moment. Fine et lâche stratégie. S’il n’était que question d’amour, l’Empire se serait vite retiré. Tibère se redressa, lui adressant un regard flamboyant d’orgueil et de défi avant de continuer.

« De plus, Proodos n'est pas un amant qu'il est bon d'éconduire. Mais comme les vôtres, mes propos ne recèlent d'aucune menace. »

À sa dernière phrase, elle lui offrit un sourire entendu. Menace pour menace. Mais celle-ci, ne lui était pas tant destinée. Tharros et Proodos pouvaient s’éconduire ou se battre comme bon leur semblait, seule Dexia devait délicatement gérer son affaire et rattraper les failles. Décidément, ce peuple aimait jouer avec la complexité. Elle se doutait que si tous les Prodosiens partageaient le sang chaud de leur représentant, ils ne s’accommoderaient pas d’un rejet diplomatique comme amoureux. Elle rit en pensée tandis que son visage reprenait sa sévérité : Tibère Ur-Nungal ne devait pas être le plus doux des amants s’il menait sa relation comme son armée.

« Il est évident qu'aucune guerre n'est sainte, et celle-ci ne fera pas exception à la règle, continua-t-il, abandonnant le défi pour un constat plus neutre. Mais il existe des déchirures saines. L'Empire considère que ces luttes fratricides et sournoises n'ont pas lieu d'être, et est prêt à se salir les mains pour y mettre fin. Nous défendrons Dexia puisqu'il n'est pas dans nos coutumes d'abandonner nos alliés. »

Madelyne était hébétée devant ce discours aux allures de prière. Ses yeux glacials s’allumèrent d’une colère nouvelle, rongeant son coeur et son visage. Mais la flamme s’éteignit à peine chancelante. La jeune noble n’aurait jamais pensé accueillir si aisément l’injure. Elle avait compris être la représentante d’un peuple détesté, il était plus sain de se satisfaire des légères clémences qu’avait pu faire le diplomate que de se formaliser de ses sermons.

D’une part, une lutte fratricide et sournoise, d’autre part un héros salvateur et une guerre assurément sainte. La vision était si biaisée, mais expliquait la situation. Au discours de Tibère, Madelyne comprenait les élans colonisateurs de l’Empire, sa vanité et sa morale. Malgré tout, il pouvait tenter de la séduire de paroles défiantes, elle n’avait pas la naïveté d’une Dexienne. Dans sa bouche, « allié » sonnait « conquis ». La victoire de Proodos ne serait non seulement pas une victoire de la civilisation sur la barbarie, au contraire, mais surtout, aucun pays du continent ne serait vainqueur. Elle pensa à Sofia, si neutre, et s’interrogea sur son avenir. Elle savait que la magie était puissante, qu’elle les aideraient à gagner, mais qu’elle ne faisait pas tout. La nécessité d’une alliance complète entre Tharros et ses voisins de Nord devenait évidente. Mais ce n’était pas elle qui s’en occuperait.

« Je croyais que les Tharrosiens étaient insensibles au froid mais je me suis visiblement trompé. Lui fit-il remarqué, le coin de ses lèvres s’étirant dans un sourire. Souhaitez-vous retourner à l'intérieur ? »

Il avait perçu son frisson. Elle s’agaça de ces réactions mécanique du corps, surtout quand elle donnait matière à tel interlocuteur pour la piquer. Cependant, elle accepterait de retrouver la tiédeur des murs.

Elle ne l’avait pas quitté des yeux. Sa peau n’avait pas la couleur usée, presque brûlée des paysans, c’était un hâle plus naturel, une dorure qui se fondait au métal de son armure. Il dégageait une force menaçante non dénuée de chaleur et de noblesse. Elle sourit. Elle ne se battrait pas contre un ennemi aussi convaincu. Elle repensa à sa lueur d’intérêt, l’amusement qu’elle avait rencontré à le regarder se questionner. Mais elle-même avait balayer ce doute d’une parole : il avait une vision qui était sienne et qu’il ne valait mieux pas changer. S’il souhaitait se briser contre ses frontières, elle aurait plaisir à voir la vague de son armée devenir écume. Elle se tourna complètement vers Tibère en affirmant d'une voix calme, mélange de malice et de confidence, un mince sourire froid sur ses lèvres.

« Vous ne cessez de vous tromper. »

Elle n'avait pas répondu à sa question, s'étonna elle-même de son impolitesse devant celle, presque avenante, du diplomate. Elle retrouva sa sévérité.

Madelyne observa rapidement l'intérieur qu'il avait désigné. Personne ne les regardait à présent. Seuls quelques curieux s’enquéraient discrètement de l’évolution de la confrontation, attendant que l'animation reprenne. Souhaiter n’était pas le mot, mais le retour semblait nécessaire.

« Oui, nous devrions rentrer. Répondit-elle enfin, courtoisement. Ne rendons pas jaloux vos protégés.»  

La jeune noble ne s'étendit pas sur son sentiment ni sa résistance au froid. Elle nota la coupe vide sur la rambarde.

« Vous souhaitez sûrement un autre verre. » Ajouta-t-elle poliment, glissant une légère interrogation.

Avant tout mouvement, son regard se perdit dans la nuit. Dans ces moments, les jardins, entretenus comme sauvages, offraient une porte de salut. Un salut qui lui sembla soudain vain. Elle était rompue à ces jeux, à la bienséance qui ne souffrirait pas d’une disparition plus complète que celle ombrée d’un balcon.
Ses yeux froids revinrent sur le visage de Tibère. Se tournant vers la demeure, elle esquissa un pas altier, signifiant leur retour vers l’intérieur.

Madelyne pensa à son petit constat, si simple, sur les intentions de Proodos. Il l'avait irritée. Les mots du diplomate avaient sonné comme une sentence, celle qui donnait la mort en sanction.  Une déchirure saine. Elle aurait pu rire de ce discours si bien pensé, trop bien pensé. Madelyne n’était pas un soldat prodosien prêt à s’engager au combat. Elle le considéra et parla avec douceur.

« Vous récitez parfaitement vos leçons, Tibère Ur-Nungal. Vous devez faire grande impression devant vos maîtres et devez convaincre aisément vos nouveaux alliés. Mais je ne suis pas votre élève et vous auriez pu être honnête. »

Utiliser les mots exacts et offrir les véritables raisons de cette invasion. Mais qu’était-ce sinon une conquête de plus ? L'évidence était honnête à elle seule.

Ses yeux toujours posés sur le diplomate brillèrent d'un discret orgueil. Après un court instant, elle ajouta avec neutralité, dans une réflexion faite à voix haute.

« Je ne croyais pas que le vin rendait les Prodosiens si doux et si dociles. Elle regarda devant-elle, un sourire au coin des lèvres. Mais je me suis visiblement trompée. »
Tibère
Tibère
37
15/04/2020

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La nuit s'allume EmptyMer 13 Mai - 17:46






La nuit s'allume

Un sourire infime et glacé, une voix d'un calme toujours olympien malgré ses inflexions malicieuses. La phrase que prononça Madelyne fit flamboyer ses prunelles rouges.

« Vous ne cessez de vous tromper. »

Il la toisa d'un air inquisiteur et dur, surpris par la sécheresse qui couvait dans ses mots sans pour autant déborder sur son ton. Se trompait-il ? Vraiment ? Tharros n'avait rien d'une nation conquérante et cela faisait des années qu'elle n'avait pas été confrontée à la guerre. Aussi puissante pouvait être son armée, cette paresse ne serait pas sans conséquence face aux forces impériales, habituées aux champs de bataille et à marcher sur des terres peu ou pas connues. Qu'en était-il de Tharros ? Avait-elle été attaquée par des troupes ennemis ces dernières années ? S'était-elle confrontée à des opposants de plus grande envergure que ces pirates qui rôdaient à proximité des côtes alasyennes ? Non, rien de tout cela. Tout juste se chamaillait-elle avec l'Assemblée des Dix sur la disparition d'un prince qui n'avantageait pas davantage Dexia que Tharros.

« Oui, nous devrions rentrer. Ne rendons pas jaloux vos protégés. Vous souhaitez sûrement un autre verre. »

Interrogation polie sous-jacente tandis qu'elle glissait un regard vers la coupe laissée vide sur la rambarde. Dans un geste vif, il se saisit du verre au fond duquel ne résidaient que quelques gouttes sombres, avant de lui emboîter le pas alors qu'elle se dirigeait vers l'intérieur d'un pas majestueux. Une poignée de regards curieux se rivaient sur eux, impatients sans doute de surprendre le moindre éclat pouvant trahir une forte mésentente. Mésentente pourtant, il y avait ; mais les deux nobles ne souhaitaient guère l'étaler aux yeux de tous, et en particulier à ceux de ces pleutres de Dexiens.

Le silence et la mesure de la démarche de Madelyne tranchaient avec le pas énergique - martial même, étant donné le cliquetis qui accompagnait chacun de ses gestes - de Tibère. Celui-ci ne releva pas la manière dont elle avait parlé des autres invités. Ses protégés. Ceux de l'Empire peut-être, mais certainement pas les siens. Il n'y avait rien chez eux qui valait la peine d'être protégé, si ce n'était les intérêts de l'Empire.

« Vous récitez parfaitement vos leçons, Tibère Ur-Nungal. Vous devez faire grande impression devant vos maîtres et devez convaincre aisément vos nouveaux alliés. Mais je ne suis pas votre élève et vous auriez pu être honnête. »

Madelyne avait levé son regard glacé vers le Prodosien, dont les traits se durcirent. Il n'aimait pas ce qu'elle semblait sous-entendre. N'était-ce qu'une pique ou le prenait-elle réellement pour un simple chien obéissant gentiment à la volonté impériale ? Ceci dit, le plus vexant dans les propos de la jeune femme était qu'il y avait là un fond de vérité. L'impératrice n'aurait jamais décidé d'aider un pays tel que Dexia sur un coup de tête. Il existait certainement des raisons plus profondes à ce choix... mais Tibère ignorait lesquelles et cela avait le don de l'agacer. À part la magie, l'Alasya ne possédait rien que l'Empire n'avait déjà ; et s'il n'avait été que question de magie, il aurait été plus judicieux d'offrir son soutien à Sofia. La réflexion de Madelyne, bien qu'agaçante, était judicieuse mais le diplomate ne pouvait pas se permettre d'être honnête sur la question, pour la simple et bête raison que lui-même n'avait aucune idée des justifications concernant les agissements de l'Empire. Il en connaissait plus ou moins chaque mécanisme mais ignorait tout de ses motifs.

« Je ne croyais pas que le vin rendait les Prodosiens si doux et si dociles. Mais je me suis visiblement trompée », continua-t-elle d'une voix neutre, sourire en coin, regard quittant le visage du Prodosien pour s'intéresser de nouveau à la réception.

Un rictus amusé se forma sur ses lèvres. Madelyne était visiblement déterminée à le qualifier de doux, c'était déjà la deuxième fois qu'elle s'y risquait depuis le début de leur discussion.

« Eh bien, j'imagine que les temps à venir donneront raison à l'un de nous deux. »

Inutile de perdre davantage de son temps sur cette problématique : il était certainement aussi improbable pour Madelyne que pour lui de changer d'avis, surtout en une seule conversation - avec l'adversaire qui plus était. Mais au moins comprenait-il un peu mieux désormais le comportement de Tharros. Ils n'étaient pas tous des imbéciles à obéir à un roi incapable mais pouvaient parfois faire preuve d'un peu de jugeote. Au final, ce n'était peut-être pas plus mal. Il n'y avait après tout aucun honneur à tirer d'écraser des fourmis ; or, les Tharrosiens valaient peut-être un peu plus que cela.

Un serviteur passa à côté d'eux, un plateau empli de coupes à la main. Tibère s'en saisit d'une, reposant l'autre. Il posa un regard interrogateur sur Madelyne alors que le serviteur s'éloignait.

« Le vin dexien n'est-il pas à votre convenance ? (Il glissa une œillade au liquide pourpre miroitant doucement sous les lustres accrochés au plafond.) Il ne vaut pas le vin pétillant de Proodos mais il n'est pas mauvais. »

"Pas mauvais", ce qui pour lui était un compliment assez rare surtout concernant une création alasyenne. Puis il daigna réfléchir davantage aux mots qu'il s'apprêtait à opposer à la jeune noble. Son regard pourpre, alors qu'il portait la coupe à ses lèvres, se promena sur la foule à l'apparence distinguée à laquelle ils étaient plus ou moins mêlés. Parmi eux, combien voyaient en Proodos un envahisseur ? Combien dévisageaient les deux diplomates impériaux avec une affabilité à peine supérieure à celle qu'ils accordaient à Madelyne de Pylgrimm ? Aucun, en tout cas, ne le faisait suffisamment ouvertement pour qu'il le remarque d'un seul regard.

« Navré si mes leçons ne vous ont pas plu, lâcha-t-il, le visage impénétrable. Mais vous pouvez concevoir que l'honnêteté est un luxe dont on ne peut abuser. »

Il imaginait qu'il avait déjà été plus transparent que ne l'exigeait l'étiquette, ce qui lui arracha une moue vaguement renfrognée. Il se détacha de la réception, croisant brièvement le regard scrutateur de Quintus, pour tourner de nouveau l'éclat brûlant de ses prunelles vers Madelyne. Doux et docile ? Etait-ce bien cela qu'elle avait dit ? Un rire lui échappa, mais il n'avait cette fois-ci rien de cynique.

« Doux et docile ? Qu'en est-il alors de la barbare tharrosienne ? (Sourire féroce.) Un peu de vin réussirait-il à réchauffer cette âme glacée ? »

Il y avait de la provocation et du défi dans ses prunelles. Puis il jaugea la silhouette droite et fière, le port de tête altier, les traits à la fois doux et sévères de la noble tharrosienne. Un cœur glacé ? Ridicule. Il avait bien remarqué que la sage de Pylgrimm savait mordre. Sans quitter du regard son interlocutrice, il désigna d'un geste de la main aussi vague que dédaigneux cet amas de la haute société dexienne.

« Que pensez-vous qu'ils croient, à nous voir discuter sans nous sauter à la gorge ? (Une expression fière se grava sur ses traits.) Que nous sommes deux étrangers à faire connaissance ? Deux nobles à discuter politique ? Me concernant, je crois qu'ils sont frustrés de voir que l'exotique diplomate prodosien préfère la compagnie de l'ennemie à la leur, et j'ose espérer qu'ils tremblent à l'idée que l'Empire est plus imprévisible et moins manipulable qu'ils ne le pensent. »

Il ricana et son regard s'assombrit brièvement. Sa main gantée serra plus fermement la coupe qu'il tenait toujours, à peine entamée.

« Ces imbéciles. Le traité est pourtant presque signé mais leur faiblesse les rend craintifs de tout imprévu. »

Ces yeux rouges étincelaient comme deux flamboyants rubis.

Codage par Libella sur Graphiorum


***

Warriors... Did you not understand? That all dreams must disappear when the dreamer wakes. Every last one of them.
Madelyne
Madelyne
14
17/04/2020

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La nuit s'allume EmptySam 16 Mai - 4:54
La nuit s'allume

Son sourire s’effaça devant les regards curieux des nobles dexiens. Madelyne s’exaspérait de leur manque de bienséance. Elle savait qu’ils étaient capables de tenue, mais ils les méprisaient tant qu’ils abandonnaient toute ombre d’hypocrisie.

Le pas régulier de Tibère accompagné des cliquetis de son armure résonnait à ses côtés. Ils devaient donnés un spectacle amusant. La Tharrosienne et le Prodosien s’opposaient autant par leur origine que par leur allure, même si chacune témoignait de la noblesse de leur sang. Étaient-ce tableau que les invités méprisaient ou le redoutaient-ils ?

« Eh bien, j'imagine que les temps à venir donneront raison à l'un de nous deux. »

À ces mots, elle ne détourna pas son regard. Il clôturait leur mésentente. Une mésentente qui ne pouvait être résolue. Cette certitude était agréable, la vanité de l’échange le rendait plus intéressant. Peu souvent s’était-elle laissée aller à ce genre de situations.

Ils avaient passé les murs de la demeure, enveloppés d'une lumière et d’une chaleur tamisées. Elle se tourna pour considérer le diplomate. Il prenait une coupe de vin, déposant l’ancienne vide sur le plateau d’un serviteur avant de croiser son regard. Ses prunelles couvaient une interrogation.

« Le vin dexien n'est-il pas à votre convenance ? Il ne vaut pas le vin pétillant de Proodos mais il n'est pas mauvais. »

Sa question semblait dénuée d’animosité, une rhétorique gratuite à laquelle il n’attendait pas de réponse. Du moins Madelyne ne souhaitait pas en donner. Ses commissures s’étirèrent légèrement.  Tibère ne faisait jamais un compliment sans l’assortir d’une critique, sous-entendue ou non. Pas mauvais. Chaque avance faite à l’adversaire était une occasion de le comparer à son Empire. Elle était étonnée qu’il réussissait, dans une phrase si banale, dans une simple comparaison de boisson, à la piquer, déprécier Dexia et louer Proodos. Il n’était pas mauvais orateur.

Le diplomate portait à ses lèvres le liquide d’un pourpre semblable à ses iris. La lumière se reflétait sur son bras armé et ses bijoux, joli contraste entre l’apparat et le martial. Elle présumait de l’effet produit devant ses alliés. Alliés qu’il toisait, le visage sévère, impénétrable.

« Navré si mes leçons ne vous ont pas plu. Mais vous pouvez concevoir que l'honnêteté est un luxe dont on ne peut abuser. »

Elle aurait souhaité déceler un peu d’irritation, mais il maîtrisait parfaitement sa voix et ses propos. À l’inverse, sa concession aux atours de vérité générale était offensante. Évidemment, elle le concevait. Au moins aurait-il pu éviter de la bercer de ses paroles conquérantes. Elle devait l'admettre, il était doué, plus habile qu'elle se l'était figuré. Tenant la longueur de la discussion, il ne débordait pas. Pas devant elle.    

Les traits durs de Tibère se plissèrent d’un léger mécontentent. Ses yeux se plantèrent à nouveau dans ceux de la jeune noble. Il eut un rire moins menaçant que les précédents, mais elle s’attendait à une nouvelle répartie cinglante ayant fait le deuil d’un possible repos.

« Doux et docile ? Qu'en est-il alors de la barbare tharrosienne ? Il eut un sourire féroce, ses pupilles animées de défi. Elle ne s’était pas trompée. Un peu de vin réussirait-il à réchauffer cette âme glacée ? »

Avec difficulté, la jeune noble parvint à maintenir la sévérité de son visage. Elle ne pouvait acquiescer à une attaque si directe. Pourtant, elle en apprécia la répartie. Confronter la barbarie de la tharrosienne à la douceur du prodosien, au-delà de la récurrence de ces termes - arme plaisante d’être facile - le paradoxe était amusant. Douceur et barbarie. Ils se reprochaient les qualités dont à l’inverse ils se vantaient.

Madelyne accueillit avec moins de calme la référence à sa froideur. Il avait l’art d’ironiser, de tourner chaque arme contre son adversaire. Pourtant, elle se plaisait à opposer cette défense. Une âme glacée. Une exagération sur un fond de vérité. Ainsi était-elle satisfaite que Tibère s’y confronte assez pour en venir à lui reprocher. Impassible, elle souhaita répliquer, mais fut prise de court par le geste vague du diplomate et ses paroles. Soit. Elle n’oublierait pas de répondre.

Bien que l’orgueil ne quittait jamais le visage d’ambre du diplomate, son expression se teinta de fierté tandis qu’il parlait.

« Que pensez-vous qu'ils croient, à nous voir discuter sans nous sauter à la gorge ? Que nous sommes deux étrangers à faire connaissance ? Deux nobles à discuter politique ? Me concernant, je crois qu'ils sont frustrés de voir que l'exotique diplomate prodosien préfère la compagnie de l'ennemie à la leur, et j'ose espérer qu'ils tremblent à l'idée que l'Empire est plus imprévisible et moins manipulable qu'ils ne le pensent. »

Elle glissa un regard sur la foule avant de constater l’ombre encrer celui de Tibère. Préférer la compagnie de l'ennemie. Il avait user de cette tournure pour déprécier les nobles, mais cette fois-ci, elle se révélait être un compliment en faveur de la Tharrosienne. Pas de barbare. Madelyne s’amusa à goûter à ce compliment plus agréable de paraître irréfléchi, une douce erreur.

Elle s’étonna de la franchise du diplomate. Son honnêteté, au sein même de la réception était autant louable qu’elle était dangereuse. Il se permettait un luxe qu’elle-même n’aurait osé prendre, mais il le prenait avec conscience. Rares étaient ceux qui viendraient lui reprocher directement ses propos. De plus, si ses dires étaient sincères, son irritation était compréhensible. Si les Dexiens s’intéressaient aux deux diplomates, ils dissimulaient difficilement leur ressentiment. Leur présence n’était pas tant appréciée qu’elle était nécessaire.

Non sans amertume, Madelyne acquiesçait en pensée à l’observation de Tibère. Il devait les inquiéter, chacun devait mourir d’envie de savoir s’il ne changeait pas d’allié, puisqu’il ne semblait pas proférer de menaces sanglantes. Si la jeune noble accordait difficilement des victoires à son adversaire, elle avoua partager ses espoirs.  


Le rire de Tibère était méprisant, accentuant l’agacement à peine dissimulé contenu dans ses traits.

« Ces imbéciles. Le traité est pourtant presque signé mais leur faiblesse les rend craintifs de tout imprévu. »

Les prunelles de Tibère flamboyant. Une flamme sanguine. Elle commençait à s’habituer à cette lueur défiante d'arrogance, aussi intéressante qu’inquiétante. Ses mots étaient durs, choisis. De son point de vue, leur peur devait être risible. L’Empire, en son représentant, s’heurtait à la faiblesse de son allié. La jeune noble pouvait en rire, mais son rire répondrait à son irritation. Le miroir se brisait, ses dorures s’émiettaient, le beau reflet de l’alliance se déformait. Une chimère. Une alliance vide. Le cynisme et la fureur laissaient place à la déception. Le traité. Ce fameux traité qui inquiétait tant ses conseillers, un document sans plus de valeur.

Madelyne refusa de s’interroger plus longtemps sur l’absurdité de cette situation. Elle considéra un instant la réception, se perdant parmi les visages égayés par la boisson, les tenues colorées, l'éclat des verres se croisant ; la silhouette de sa tante se dessinait au fond de la pièce échangeant avec d’autres seigneurs. D'un geste naturel, occupée à son observation, elle prit une coupe de vin sur le plateau d’un nouveau serviteur passant à leur côté, répondant innocemment à la double provocation de Tibère.

Cette situation était familière à Madelyne. Elle se souvint de la Cour de son pays, de ces discussions, de ces sourires, des nobles tombés, des affaires échouées. Son regard s’était durci, la méfiance glaçait ses iris. Après un silence, elle s'exprimait dans sa contemplation, décrivant ce paysage trop observé.

« Plus je les regarde, plus je doute que leur faiblesse soit réelle. Son regard revint sur le visage du diplomate. Je ne les apprécie pas. Cependant, je ne me risquerai pas à les mépriser aveuglément. Ce ne sont pas de simples imbéciles sans estime d’eux-mêmes prêts à se vendre au premier monarque. Ce sont des marchands fiers de leur régime hybride et de leurs richesses, dotés d’une certaine subtilité.»

Une chimère. La rumeur des discussions l’entourait. Ce bourdonnement incessant bercé de musique. Tibère devant elle, conscient de son aura, méprisant les nobles au point de les insulter de ses lèvres encore empreintes de leur vin. Elle porta son verre aux siennes appréciant son épaisseur, sa douceur juste sucrée. La mince gorgée apporta une nouvelle chaleur à son corps, parut le réveiller. Elle se rappela les mots de Tibère. Une âme glacée. Elle retrouva le fil de ses pensées avant de s’agacer.

« Avez-vous déjà envisagé qu’ils puissent feindre la faiblesse et la soumission ? Reprit-elle. Vous persuader de votre grandeur, flatter votre arrogance pour vous endormir et mieux vous tromper ? »

Son timbre était froid, mais reflétait une sincère interrogation. Madelyne savait qu’ils étaient capables de si peu d’honneur. Elle ne pensait pas Tibère assez naïf pour ignorer les talents de Dexia et l'hypocrisie des hommes.

Son visage se tourna vers la réception. Elle ne retrouvait pas la distinction de la noblesse tharrosienne. Son sentiment n’avait rien d’objectif, elle en était consciente. Ses yeux clairs brillaient de mépris, un dédain rare. Elle était partagée entre la haine et la lassitude. Haine pour un peuple d’une fourberie sans limite, lassitude pour un monde où il en était toujours ainsi. Après tout, c’était entre ses frontières qu’elle avait appris à se méfier de ces comportements.

« Néanmoins, ce soir ils ne feignent rien. Corrigea-t-elle calmement. Ils tremblent. Elle regarda Tibère, une pointe d'orgueil entre ses lèvres. Que feraient-ils si Tharros et Proodos venaient à s’entendre ? Si l’Empire est si puissant et Dexia si faible, auriez-vous le moindre remord à rompre ce traité qui vous entrave pour en conclure un nouveau avec une puissance adverse ? Non, vous n'en auriez aucun. Le cynisme abandonna sa voix devenue plus sévère, elle constatait. Ils le savent. Comme ils savent que vos bonnes paroles à leur égard s'envoleraient, aussi volatiles que ce papier qui vous lie. »  

Qu'avait-elle penser plus tôt ? Qu'elle n'oserait pas parler avec sincérité dans la foule à laquelle ils s'étaient mêlés? Aussi discrets qu’ils souhaiteraient l’être, s’exprimer ainsi dans une réception dexienne relevait de l'insolence. Or, elle n’avait pas tenter d’être discrète, s’exprimant dans sa hauteur de voix naturelle. Elle avait beau se persuader du contraire, elle frisait souvent l'insolence d'une parole courtoise ou d'un silence. Plus frêle, moins provocante que Tibère, son orgueil était égal au sien. Son mépris pour ses voisins semblable.

« Aussi risible que ce soit, à nous deux, nous incarnons leur pire crainte. »

Le bleu de ses iris s'animait, glacial.
Tibère
Tibère
37
15/04/2020

Feuille de personnage
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La nuit s'allume EmptySam 23 Mai - 18:23
LA NUIT S'ALLUME
Madelyne se saisit à son tour d'un verre d'un geste si naturel qu'il n'était pas dépourvu d'élégance, et cette réponse silencieuse à son interrogation tout autant rhétorique que provocatrice lui arracha une moue approbatrice. Parfois, une action valait mieux que mille mots ; même en plein cœur d'une réception où les bavardages de façade étaient légions. La noble Tharrosienne n'avait daigné accorder à son geste plus calculé qu'il n'en avait l'air aucun intérêt superflu : elle était occupée à observer le spectacle de cette réunion de personnalités dexiennes. Malgré le calme olympien dont elle faisait preuve, il était presque certain que cette vision provoquait en elle au moins une once de contrariété.

« Plus je les regarde, plus je doute que leur faiblesse soit réelle. Je ne les apprécie pas. Cependant, je ne me risquerai pas à les mépriser aveuglément. Ce ne sont pas de simples imbéciles sans estime d’eux-mêmes prêts à se vendre au premier monarque. Ce sont des marchands fiers de leur régime hybride et de leurs richesses, dotés d’une certaine subtilité. »

Sa voix avait sonné avec clarté et distinction, mais sans s'abaisser à prononcer des platitudes ou des belles paroles emplies de fioritures. Le regard azuré de la demoiselle s'était levé pour se heurter à celui du diplomate, qui s'anima d'une flamme sanguine à ces propos. Il savait qu'elle avait raison, et il savait également que sa propre tendance à sous-estimer ceux qu'il n'appréciait pas risquait d'un jour se retourner contre lui. Qu'elle ait mis si aisément le doigt - consciemment ou non - sur l'un des traits de caractère qu'on lui reprochait le plus l'agaçait quelque peu. L'honnêteté souvent méprisante et blessante dont il témoignait volontiers le rendait de toute évidence plus transparent que nombre de ses pairs.

Il ne répondit pas immédiatement, attendant qu'elle poursuive ; mais ses traits s'étaient légèrement renfrognés, même s'il garda du reste une expression plutôt neutre. Elle prit une gorgée de vin, et à peine ses lèvres eurent-elles quitté le rebord transparent qu'elle poursuivait :

« Avez-vous déjà envisagé qu’ils puissent feindre la faiblesse et la soumission ? Vous persuader de votre grandeur, flatter votre arrogance pour vous endormir et mieux vous tromper ? »

Là où Tibère aurait pu croire que la froideur dans la voix de Madelyne était le reflet d'un reproche de son imprudence, ils avaient désormais suffisamment échangé et le Prodosien pensait - à tort ou à raison - qu'il y avait une curiosité réelle dans ses questions.

Ceci dit, Tibère d'une part n'était pas complètement stupide, et d'autre part avait déjà eu l'occasion de discuter du sujet avec les autres membres de la délégation, en particulier Quintus. Aussi servile était ce dernier, il n'en demeurait pas moins qu'il était un véritable expert du continent alasyen - Tibère ne pouvait pas lui enlever cela malgré l'irritation que son aîné pouvait lui procurer. Il n'ignorait donc pas que l'hypocrisie des Dexiens était autant honteuse qu'elle pouvait se révéler traîtresse. Il fallait par conséquent rester prudent mais, honnêtement... Que pouvait la pacifique Dexia devant l'immense puissance qu'était l'Empire ?

« Néanmoins, ce soir ils ne feignent rien. Ils tremblent. »

Ces deux phrases firent naître de l'étonnement au fond de ses prunelles brûlantes. Il croisa de nouveau le regard de son interlocutrice, fut agréablement surpris d'y lire encore cet orgueil à la fois similaire et fondamentalement différent du sien. Un rictus moqueur s'inscrivit sur ses lèvres en écho aux mots de la jeune femme sans même qu'il ne s'en rende compte.

« Que feraient-ils si Tharros et Proodos venaient à s’entendre ? Si l’Empire est si puissant et Dexia si faible, auriez-vous le moindre remord à rompre ce traité qui vous entrave pour en conclure un nouveau avec une puissance adverse ? Non, vous n'en auriez aucun. Ils le savent. Comme ils savent que vos bonnes paroles à leur égard s'envoleraient, aussi volatiles que ce papier qui vous lie. Aussi risible que ce soit, à nous deux, nous incarnons leur pire crainte. »

L'insolence qui couvait dans ses propos aurait probablement scandalisé la plupart des membres de la délégation prodosienne, sans parler des Dexiens - et peut-être même, à vrai dire, les Sofiens et les Tharrosiens. Pourtant, elle amusait et intriguait Tibère. Madelyne avait raison sur de nombreux points, c'était évident ; l'important désormais était de l'admettre sans cracher sur le traité. À vrai dire, c'était probablement parce que Dexia n'était pas réputée pour sa puissance que Proodos pouvait se permettre de s'en faire une alliée. Tharros était trop fière sans doute pour tolérer la présence grandissante des citoyens impériaux, tout comme l'Empire ne pouvait se permettre de voir certains de ses voisins comme des égaux. Le pays du sud devait garder un contrôle strict de ses fréquentations pour ne pas voir naître des velléités d'indépendance sur ses terres.

Il eut un petit rire véritablement amusé, tandis qu'il secouait doucement la tête. Ignorant complètement le beau monde qui les entourait, l'éclat rouge de ses prunelles étincela brièvement sous la lueur des lustres.

« Il y a donc bel et bien un feu qui brûle en vous. »

C'était une remarque spontanée et vaguement ridicule maintenant qu'il y pensait, mais il s'en fichait. C'était certainement moins le vent que le sujet de leur discussion qui avait animé cette "âme glacée" comme il l'avait décrite, mais s'il avait compris qu'elle avait du répondant, il n'aurait pas cru qu'elle oserait parler aussi ouvertement, surtout alors qu'elle était entourée par tant de figures ennemies. Elle se maîtrisait toutefois assez pour ne pas commettre d'impairs dus à l'imprudence - Tibère aurait été déçu d'observer le contraire.

Il se détourna presque à regret du vibrant orgueil de Madelyne pour glisser une œillade à la riche assemblée.

« Oui, la subtilité n'est probablement pas ce qui leur manque, admit-il d'une voix légère. Mais il est des biens et des connaissances que leurs richesses ne peuvent acheter, et que Proodos possède. Nous ne pouvons ni ne voulons envisager de réelle et pleine alliance, mais il n'en demeure pas moins qu'actuellement, ils ont besoin des forces de l'Empire. »

Il était un peu trop bavard sans doute, mais c'était tellement plaisant de ne pas avoir à raconter de sornettes destinées à ne pas trop blesser de misérables égos dont il n'avait cure qu'il se donnait à cœur joie à cet échange.

« Qu'ils tremblent tout leur soûl, car s'ils croient pouvoir tromper Proodos, qu'ils n'oublient pas que cette même Proodos peut aisément se passer de leurs bons sentiments. Qu'ils n'oublient pas non plus qu'avoir une grande armée n'est pas chose suffisante pour conquérir, que l'Empire n'est pas seulement versé dans l'art de la guerre. (Un sourire goguenard.) Même si nous savons tous les deux que, aussi misérable soit ce traité, il ne risque pas d'être brisé par une subite entente avec votre roi, j'imagine que vous êtes d'accord sur le fait que leur imposer un peu de crainte ne peut leur faire de mal. »

Les discussions que s'échangeaient les autres invités leur assuraient une certaine discrétion. Difficile à dire si celle-ci était suffisante pour que leurs mots - pourtant terriblement et férocement indécents lors d'une pareille réception - ne soient pas entendus par quelque oreille délicate et curieuse. Mais qu'importait, au fond ? Ce n'était certainement pas cette discussion qui allait changer le cours des événements, et c'était fichtrement amusant d'avoir enfin une personne avec une discussion intéressante.

***

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